Rubrique nécrologique des acquis sociaux

Un bilan - évolutif... - du gouvernement Raffarin

LA LOI PERBEN II (par M. G.)

(Texte rédigé à partir des articles de Nathalie Guibert (Le Monde, 13/02/04) et d'Armelle Thoraval (Libération, 18/02/04) et des Observations du Syndicat de la Magistrature sur la constitutionnalité de la loi portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité.)

La loi Perben II vient d'être définitivement adoptée au Parlement. Vivement dénoncée par les professionnels du monde judiciaire, elle est à l'origine de la grève de nombreux avocats et magistrats, le mercredi 11/02, mobilisés pour "alerter les citoyens".

1°- "L'état d'exception permanent" : une atteinte aux libertés individuelles

La police se voit offrir de puissants moyens d'investigation pour les crimes et délits commis en "bande organisée", parmi lesquels écoutes téléphoniques, pose de micros dans les domiciles privés, augmentation de la durée de la garde-à-vue à 96 heures. Les professionnels de la justice dénoncent un "déséquilibre entre les pouvoirs supplémentaires de la police (…) et les maigres possibilités de contrôle des magistrats" (Le Monde). Selon le Syndicat  de la Magistrature (SM), la loi "tend à mettre en place un état d'exception permanent à travers un dispositif dérogatoire (…) mais avec un champ d'application aux limites imprécises". Ce dispositif d'exception se trouve "susceptible de s'appliquer à de nombreuses hypothèses autres que celles relevant de la criminalité organisée et sans qu'aucun contrôle effectif et réel ne soit prévu pour prévenir et sanctionner les détournements de procédure et protéger par ce biais les libertés individuelles".

On peut craindre une utilisation erronée ou abusive du concept imprécis de "bande organisée", les dérapages éventuels des policiers ne pouvant être sanctionnés par les juges. Selon les avocats, ces procédures très répressives risquent de s'appliquer à la délinquance ordinaire.

          
2°- Le "plaider coupable" : une atteinte à la présomption d'innocence et à l'égalité devant le droit pénal

La loi crée une nouvelle procédure, la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Pour certains délits, le prévenu peut "marchander sa peine à l'issue de la garde-à-vue avec le procureur. Dans le secret, l'audience n'étant pas publique." (Libération) Le procureur peut proposer jusqu'à un an de pison ferme immédiatement exécutoire. Selon le SM, "ces dispositions portent atteinte à la présomption d'innocence. A l'issue de quatre jours de garde-à-vue (…) il est à craindre que l'intéressé reconnaisse par lassitude des faits qu'il n'a pas commis." On peut craindre la multiplication des erreurs judiciaires. D'autre part, "en écartant pour certains justiciables soupçonnés d'infraction dont les auteurs bénéficient en général d'un jugement public, le texte porte atteinte au principe d'égalité" (SM).
           

3°- Renforcement du pouvoir des procureurs : atteinte à l'indépendance de la justice et à la séparation des pouvoirs

Le SM dénonce également un renforcement considérable des pouvoirs du procureur, placé aux ordres du ministre de la justice. Dans le cadre du "plaider coupable", c'est lui qui propose la peine. Il peut également intervenir auprès du juge des libertés et de la détention pour contre-dire un juge d'instruction qui refuse de placer quelqu'un en détention. Il est à noter que le juge des libertés et de la détention, contrairement au juge d'instruction, peut être changé d'affectation du jour au lendemain s'il déplaît à sa hiérarchie. Les parlementaires opposés à la loi parlent d' "immixtion du pouvoir exécutif  dans la conduite du procès pénal", qui est une mise en cause du principe constitutionnel de la séparation des pouvoirs.

 

Des parlementaires ont déposé contre la loi Perben II un recours devant le Conseil Constitutionnel, auquel le SM et la Ligue des droits de l'homme ont remis un argumentaire de huit pages, disponible sur Internet à l'adresse suivante : www.syndicat-magistrature.org.

 

"Si le Conseil Constitutionnel venait à valider cette loi, il changerait la nature de la démocratie de ce pays.", Michel Tubiana, président de la Ligue des droits de l'homme.