Le référendum sur la
Constitution européenne est le RDV politique majeur de cette
année 2005. Il est fixé au 29 mai. Ce RDV effraie
passablement les gouvernants et les élites politiques et
médiatiques, comme en témoignent les récentes
déclarations alarmistes de Raffarin (cf. forum, rubrique "Les
Fossoyeurs"). Les enjeux sont majeurs. On se propose ici
d'éclairer le projet en donnant des outils pour le comprendre et
des prises de positions cétacéennes. Le mieux est encore
de lire le texte soit même, ce qui est proposé ci-dessous,
mais on proposera aussi des analyses sur les orientations politiques et
éducatives de cette "constitution". Argumentaires et outils
Cétacé sont aussi à votre disposition pour aider
chacun à se faire une opinion sur le sujet.
Un article du Canard Enchaîné du 30 mars
Avant même les récents sondages, et déjà inquiet de la progression du non chez les enseignants, le ministre a pris un risque, celui de paraître ridicule. Il a décidé de censurer, puis de retarder la pparution d'un numéro spécial de "Textes et documents pour la classe", une revue destinée à 70000 prof de lycée et collèges. Lesquels venaient d'être invités à s'en inspirer avant d'organiser des débats dans leurs classes et de familiariser les adolescents "avec les développements de l'Union européenne". Le 10 février, le "Bulletin officiel" du ministre adressé aux dirigeants des rectorats, des inspections et des établissements demandait à tous de rester "attentifs à la pluralité des opinions qui pourraient être exprimées".
Une excellente directive, et défense de ricaner en lisant ce qui suit. A savoir une histoire où la stupidité le discpute à l'intolérable, car l'équipe de rédaction, l'impression et la diffusion de ces "Textes et documents" sont financées sur les crédits du respectable ministère de l'Éducation.
En décembre 2004, les responsables de cette revue se mettent au travail. Ils demandent à Florence Deloche-Gaudez, prof à Science Po (favorable au oui), et à Dominique Rousseau, prof à l'université de Montpellier et membre du Conseil supérieur de la magistrature, (partisan du non), de participer à un débat destiné à être publié le 15 mars.
Le sommaire de ce numéro et le choix de ces deux spécialistes des questions européennes sont "validés" [...] par le ministère. Tout est bientôt prêt, titres, photos et textes déjà imprimés, quand soudain, Fillon s'affole. Sans doute craint-il que les 70000 profs ne deviennent encore plus réceptifs aux arguments du non. Et si, par malheur, leurs élèves-ados, après discussion en classe, allaient ensuite influencer leurs parents ?
Résultat : le 24 février, Dominique Rousseau est averti que "le cabinet du ministre" refuse de publier sa contribution au débat avec la prof favorable au oui. Puis on lui fait cette proposition grotesque : s'il accepte de supprimer certains arguments prônant le non, et de laisser sa collègue conclure le débat, il sera "peut-être possible" de publier une partie de sontexte. Aucune promesse ferme, et d'ailleurs, Dominique Rousseau e refusé. La revue censurée paraîtra cette semaine.
Ironie de l'histoire, le 1er février dernier, la mêm revue "Texte et documents" publiait un numéro très réussi sur "la propagande". Voilà qui a du inspirer François Fillon, naguère partisan du non à Maastricht. On ne peut pas être et avoir été...
Le 20 mars 2005
Si la majorité des citoyens décidés à
voter semble opter aujourd'hui pour le NON à la Constitution
européenne, beaucoup hésitent encore et surtout
doutent de l'intérêt d'un tel vote. Ceux-ci ne liront pas
le texte du traité. Il serait dommage qu'ils ne soient
informés que par les arguments qui ne manqueront pas
d'être martelés d'ici peu pendant la campagne officielle.
On se propose ici d'en donner quelques uns. Nulle exhaustivité,
mais un florilège de ce qui peut être évoqué
pour convaincre. On renvoit au texte précis pour que chacun
puisse compléter sa lecture.
On entend :
1- La Charte des droits fondamentaux est un progrès (Partie
II).
On peut répondre :
a- Les droits énoncés sont en retrait par rapport au
texte constitutionnel de 1958 par exemple. (ex : art II-75 : "tout
citoyen de l'Union à la liberté de chercher un emploi...).
b- Ils sont déjà reconnus par la Convention
européenne des droits de l'homme.
c- Beaucoup ne sont l'objet que d'une déclaration
générale d'intention.
On entend :
2- Les pouvoirs européens sont équilibrés et le
rôle du Parlement accru (Partie 1).
on peut répondre :
a- Certes le parlement gagne quelque pouvoir (art III-332). Mais la
commission (illégitime) conserve l'ensemble de son pouvoir comme
en témoigne d'ailleurs la bataille autour de la directive
Bolkenstein. Elle conserve l'essentiel de l'initiative des lois.
b- Cette constitution ne respecte pas le principe démocratique
de la séparation des pouvoirs : voir notre
analyse sur ce point.
On entend :
3 - Les citoyens vont pouvoir intervenir dans la politique
européenne à travers une reconnaissance du droit de
pétition et l'essor d'une forme de démocratie
participative.
On peut répondre :
a- Si les citoyens sont effectivement invités à faire
part de leur désir, au nombre de un million ( art . I-47.4), il
s'agit de pouvoir "soumettre une proposition" via la commission et non
de pouvoir élaborer une proposition de loi.
b- Cette démocratie participative est très
hypothétique puisque "la loi européenne" définit
le mode de cette initiative et détermine le nombre
d'états membres (dont les citoyens sont issus)
nécessaires. Ce qui entraîne donc plusieurs formes de
restrictions éventuelles à cette "démcratie
participative" dont le terme est fort mal choisi.
On entend :
4- Ce traité constitutionnel est le plus social jamais
écrit par les institutions européennes.
On peut répondre :
a- Si la durée "maximale" du temps de travail hebdomadaire
est indiqué (art II-91), il n'est nulle part mention de
"durée légale" du travail.
b- Par ailleurs il est intéressant de noter que chaque droit
social figurant en partie II (titre III égalité, titre IV
solidarité) est annoncé par une formule fort
évasive et peu contraignante : "L'union reconnait et respecte"...
On entend :
5- Les services publics sont reconnus dans la constitution.
On peut répondre :
a- Ceux-ci ont été rebaptisés "Service
d'intérêt économique général" (art
II-96). Ce qui est une dénomination significative de leur
basculement dans la sphère de la rentabilité.
b- Le droit à l'usage du bien commun n'est écrit dans
aucun article.
Vous cherchez la réponse aux
questiosn suivantes ?
Téléchargez le document suivant : Questions/réponses
« Les gouvernants comptent sur notre ignorance, notre méconnaissance, notre désintérêt, pour faire passer le oui. 10 pages, c'est un peu long, mais le projet en comptabilise quelques centaines dans sa totalité. La technicité du dossier impose une certaine précision que les seuls mots d'ordre ne peuvent pas permettre. La réflexion démonstrative étant toujours la première arme démocratique, à nos arguments !.. »
Ces mots introduisent une analyse du projet de constitution que notre amie Virginia a bien voulu nous envoyer.
On en discute sur le forum de Cétacé ?
Beaucoup d'enseignants sont favorables à la construction européenne, par idéal, par culture, peut être aussi par culpabilité (le référendum va tomber entre le 5 et le 12 juin soit au moment de la célébration du débarquement, après la commémoration légitime de la libération des camps : on va donc entendre que l'Europe a été construite par réaction au conflit mondial et pour éviter les crimes ce qui justifie toute forme de construction).
Doit-on leur jeter la pierre ?
Expliquons les choses, tous dans nos établissements. Il faut prévoir des réunions débats sur la construction européenne dès maintenant. Distibuer le texte, lire des extraits, évoquer les arguments des unset des autres.
Pourquoi maintenant choisir le non à la Consitution telle qu'elle est écrite par l'ancien président UDF de la République, celui-là même qui n'a pas mis fin à la peine de mort et qui promeut en Europe la stricte abolition de la peine de mort ? Quelques raisons non exhaustives de mon prochain vote négatif :
Enfin, last but not least, il est évident que le gouvernement frémit (tremble, pète la trouille,...) d'une possible collusion entre la critique classique de la construction européenne et le mouvement social qui monte en puissance, sur fonds de défense des services publics, de l'éducation nationale, de la démocratie. Il n'est donc pas interdit (et les récents sondages le démontrent) de croire à la défaite de ce gouvernement, voire pourquoi pas à la démission d'un président délégitimé, après le NON au référendum de juin. Puisque les élections, les grèves, les manifestations ne sont pas entendues, tous aux bulletins de vote citoyens, formons nos bataillons négatifs, marchons, marchons, qu'un sans impur abreuve nos sillons.
Appel pour un non de gauche : appel à signer en ligne ; sur ce site, moultes commentaires critiques du projet de constitution, notamment ceux écrits par Yves Salesse ; éclairants, sans tomber dans la caricature (cf. aussi le site de la fondation Copernic).
Exemple d'analyses vitales en ces temps de recul social, pour tous ceux qui se retrouvent dans les "mouvements sociaux" : la panade dans laquelle nous nous trouvons n'est que le résultat d'une politique plus large de dépolitisation des moyens collectifs d'agir sur le présent, inscrit dans le marbre de la constitution d'inspiration -ultra- libérale, faisant la part belle aux dépenses militaires au détriment des dépenses jugées improductives : éducation, santé, services publics...
Un site et un appel dont il faudra faire bon usage, pour une critique efficace (notamment pour les enseignants, dont la majorité va approuver le projet en catimini, en bons petits soldats de la pensée dominante). Il faudrait faire le lien et expliciter les connexions nombreuses entre la philosophie implicite du traité (en gros celle du tout "marché" sans contrôle démocratique direct) et la politique de démantèlement de l'Etat-Providence à vocation universelle (mise à mort de l'Etat-Social au profit d'un Etat bicéphale : libertaire-social-libéral pour les dominants, sécuritaire-punitif et pénal pour les dominés) dans laquelle excellent nos ministres et prétendants (gauche et droite confondues) depuis le tournant de la rigueur de 1984 (coïncidant avec l'accélération de la construction européenne sous l'égide de tonton...).
Faycal A.
Le 12 Mars. On apprend par le dernier sondage que le "oui reste majoritaire".
Etonnant comme titre. On s'en doutait vue la propagande et vus les
chiffres des précédents sondages. C'est donc un titre de
défense. Par rapport à quoi ? Au chiffre : en fait c'est
56% seulement des français qui affirment désormais
vouloir voter oui. 44% pour le non. Et près de 40%
d'indécis. Ca se resserre.
Mais surtout c'est à gauche que le NON progresse rapidement. On
ne s'en étonnera guère si l'on a arpenté les
trottoirs du cortège Italie-Nation du 10 mars. La moitié
des pancartes et autocollants portait sur la constitution
européenne et pas pour l'approuver. Le mouvement social doit
jouer un rôle dans cette montée de l'opposition au
traité et nos élites le savent bien. A suivre
donc...
Le 6 mars : a la radio (France Inter) : 58% pour le OUI et 42% pour le NON. Source IFOP. On va sur le net. Résultat :
PARIS (Reuters) - Plus de quarante pour cent des Français se
déclarent encore indécis pour le référendum
sur le traité européen et le "non" progresse très
légèrement, selon un sondage Ifop à paraître
dans la Journal du Dimanche. Selon cette enquête,
réalisée les 3 et 4 mars, 42% des personnes
interrogées estiment qu'elles "ne savent pas encore" si elles
diront "oui" ou "non" au traité (contre 46% lors d'un sondage
similaire les 3 et 4 février). Elles sont 23% à répondre qu'elles
voteront "plutôt pour le oui" (25% en février) et 21%
"plutôt pour le non" (20%).
23 contre 21. Ce qui devient dans les médias (france inter ce
matin) : 58/42.
y'a t-il un prof de maths dans la salle ?
6.03
Brouillon d'alter constitution européenne
Définition de l'espace communautaire public, des biens et services publics
Loin de bannir les entreprises privées, il est de toute première instance de définir quels seront les domaines publics inaliénables, ceux qui doivent permettre d'assurer le minimum vital pour l'individu citoyen et le maximum de convivialité pour la collectivité. Il va de soi qu'est totalement exclue l'idée même de rentabilité quant à la gestion desdits domaines.
Outre les fonctions régaliennes actuelles de l'Etat les domaines suivants sont concernés :
Gestion de l'eau. Assainissement et distribution.
Gestion de la Santé Publique
Droit de regard et réappropriation progressive de la Recherche, particulièrement la Recherche médicale et pharmaceutique.
L'Education Citoyenne.
À n'importe quel moment de son existence tout citoyen doit
pouvoir avoir accès à un éveil (voire un
réveil) éducatif. La création des seules richesses
qui vaillent est à ce prix.
Prise en compte du PGCD (Plus Grand Commun Dénominateur) social
Dans tous les domaines sociaux on nivellera par le haut les conditions de productions. Les productions se régulariseront et donc s'optimiseront d'elles même lorsque mécanisation, réduction du temps de travail et respect de l'environnement auront circonscrit une consommation abhérente (excessive jusqu'au gaspillage honteux pour la majeure partie du premier monde, quasi inexistante pour le quart et le tiers dont il faut rappeler qu'ils représentent plus de 80% de l'espèce humaine)
Régulation des échanges
Les échanges commerciaux ne doivent être possibles que «d'égal à égal» c'est-à-dire entre régions dont la production de biens est socialement acceptable (voir en fonction du PGCD)
Extension de la Communauté Européenne
La Communauté pourra s'étendre tous azimuts sans distinction de frontières rétrogrades qui n'ont été par le passé que des prétextes de conflits de seigneurs soucieux de se partager l'asservissement des peuples. La condition sine qua none sera de respecter les conditions d'absolue laïcité et de respect des espaces communautaires publics énoncées en début de cette constitution.
Angel (Heart of Cétacé) 07.03