De la misère en milieu universitaire

considérée sous ses aspects financier, politique, social et psychologique...

Feuilleton en trois épisodes

        Le texte de 1966 auquel il est fait référence par ce titre pompeux montre que la situation n' a guère changé. On y évoquait l'étudiant comme méprisé autant que le prêtre et le policier. Même l'abbé Pierre (après avoir fait état de son humanité) est déchu de son socle. Les policiers quant à eux sont confrontés aux pires émeutes que la France a connu depuis la publication de ce texte. On pourrait parler de la misère intellectuelle, psychologique, sociale et politique des jeunes périphériques. Mais elle a pris place dans le grand feu du spectacle en coma dépassé. On parlera du présent et de l'avenir d'une (autre ?) jeunesse : celle de l'Université.

        1- De la nouvelle idéologie qui concoure à transformer la gestion des établissements universitaires

           Septembre à Grenoble II. Fronde contre les passeports pédagogiques. Proposés aux étudiants  par l'Université, ils ouvrent (facultativement) des droits supplémentaires aux étudiants qui y souscrivent : bilan d'orientation, polycopiés, accès aux bibliothèques des UFR. Ils viennent donc s'ajouter aux frais d'inscription classiques pour un montant élevé : 200 euros pour les années de licence, 400 pour les masters. Le montant est choquant au mment où beaucoup d'étudiants sont en difficulté. Le procédé (faire payer pour des services dus) est anormal. Pourtant là n'est pas le plus important. Car ces prestations supplémentaires se sont généralisées (46 universités sur 81 les utilisent d'après un décompte en date de septembre 2005). Elles ne sont pas bien avouable et viennent grossir la note de l'étudiant non boursier, car - nous sommes dans une république sociale - ceux-ci en sont exonérés. Or les frais d'inscription représentent au plus 3% des moyens d'une université.
           Septembre-Octobre à Rouen. Grève des enseignants et des étudiants. L'Université  n'a plus d'argent. Les enseignants chercheurs réclament depuis plusieurs années un plan de création de postes. Les présidents d'Université réclament une loi et des moyens pour le Supérieur (6 octobre). Il n'est pas rare que des établissements débute l'année universitaire sans fonds.
          Pourquoi l'Etat organise-t-il la pénurie ? Pourquoi les universités grignotent-elles péniblement quelques centaines d'euros alors qu'il en manque des millions ?
          Une nouvelle idéologie se met en place progressivement et nous n'en sommes qu'aux prémices. Il s'agit de restreindre les finances des universités d'une part pour faire des économies, d'autre part pour avoir un levier sur la transformation de leur gestion. L'augmentation des droits de scolarité (sous des formes variées) n'est aps très rentable mais elle est caractéristique d'une offensive idéologique que l'on doti replacer dans le contexte européen. La stratégie de Lisbonne ( qui a eu des répercussions sur le rapport Thélot et la loi Fillon) impulse une mutation radicale de l'Université européenne (mal classée internationalement : c'est l'argument qui prévaut à Bruxelles). De l'argent doit être investi dans l'économie de la connaissance, mais pas de l'argent public. Il faut donc selon les institutions européennes "diversifier les sources de financement avec ou sans contribution substantielle des étudiants". Le passeport de Grenoble est une application directe de ce nouveau principe. D'autres pays européens ont d'ores et déjà considérablement augmenté les frais de scolarité des étudiants (les Lander allemands sont autorisés à imposer des frais de 1000 euros par semestre  en Grande Bretagne ceux-ci peuvent aller depuis 2004 jusque 3000 livres par an). Cette évolution doit évidemment avoir des conséquences sur le recrutement des universités à moins que le recours massif aux stages pallie les carences financières. Le souvenir des manifs Devaquet explique sans doute qu'en France ce type de mesures ne passe pas par la loi mais de façon décentralisée (Sciences-Po, Grenoble).
       Diversifier les sources de financement c'est aussi faire appel aux entreprises locales et aux fondations, ce qui suppose deux choses qui sotn actuellement en train d'être installées :
              - la volonté des universités de faire entrer les entreprises au sein des conseils d'administration
             - une insistance sur les techniques de marketing. Selon la commission européenne : les universités doivent "communiquer davantage sur leur valeur             ajoutée". No comment.
         Diversifier c'est aussi rechercher des "structures externes de valorisation" (rapport de la Cour des comptes). C'est-à-dire qu'une université doit orienter son enseignement en fonction des bénéfices financiers qu'elle peut en tirer : brevets technologiques par exemple.
          La nouvelle idéologie est celle-ci est bien française est celle qui consiste dans le cadre de la nouvelle façon d'élaborer la loi de finances (LOLF) à donner plus d'autonomie aux universités. La LOLF marque le passage d'une logique de moyens à une logique d'objectifs et donc de résultats. les crédits auparavant alloués en fonctino de leur nature, sont désormais attribués en bloc aux universités qui dovient gérer au mieux leur enveloppe. Le gestionnaire peut donc modifier la destination des crédits. L'objectif est de rentabiliser tous les crédits ouverts par l'Etat. Ce qui explique les problèmes de certaines universités depuis quelques années. Le dilemne peut être : du chauffage cet hiver ou des heures complémentaires pour les professeurs, du matériel ou un enseignement, rien ou pas grand chose. La logique est impitoyable dans un contexte de pénurie organisée. Elle pousse donc les universités à diversifier leurs sources de financement tout simplement pour préserver ce qu'elle ont. La boucle est bouclée.