De même que, sur les décombres d'un service public de santé saccagé, se repaissent des entreprises privées (cf. les activités de la Générale de Santé), de même fleurissent, se nourrissant des dysfonctionnements croissants du système éducatif français, une multitude de "petites entreprises", qui - elles - ne connaissent pas la crise. Boîtes de cours particuliers, résultats d'examen payants, révisions par SMS, autant de lucratives activités en plein essor qui montrent une marchandisation de l'éducation "par la bande", quand la loi Fillon en annonce une autrement plus directe (cf. analyses).
Dans les deux cas, une logique similaire : des restrictions budgétaires entraînant des dysfonctionnements croissants, profitent à des intérêts privés.
(cf. la page Cétacé sur les services publics, objets d'attaques bien similaires, sans qu'une véritable convergence pour leur défense ne s'organise véritablement).
Toutes matières confondues et tout statut confondus : c'est 5000 emplois qui sont supprimés, soit 30% des postes par rapport à l'année dernière. les tableaux de chiffres parlent d'eux-mêmes, ils peuvent être chargés ci-dessous :
Réviser grâce au portable, c'est possible ! Si vous
êtes prêts à en payer le prix, évidemment.
L'opérateur Orange et l'éditeur Hachette se sont alliés pour mener une opération
jouant une fois de plus sur l'angoisse montante des lycéens à l'approche des examens
(d'autant plus forte s'ils ont participé activement au mouvement lycéen ?). Concrètement, l'élève reçoit 3 SMS de
conseils par jour et peut accéder à un site avec fiches et exercices en ligne.
Le coût individuel reste abordable (7 euros pour 4 semaines de SMS et accès au site de
révision), et le profit évident... pour les entreprises !
Pour l'élève, cela reste à prouver...
(source : Le Parisien, 22.05.2005)
Peut-on être contre la publicité à l'école et en même temps accepter la manne financière des publicitaires ? La plupart d'entre nous répondrons que non. Pourtant le dernier journal du SNUIPP, syndicat de l'enseignement primaire adhérent de la FSU donne l'exemple de ce qu'il ne faudrait pas faire. Loin de nous l'idée de stigmatiser tel ou tel syndicat, là n'est pas le sujet. Mais lorsque nous proclamons telle ou telle idée, sommes nous toujours en mesure nous-même de les appliquer ? Est-il possible d'être indépendant lorsque l'on reçoit des subsides d'entreprises dont le but est de faire de l'argent ? Cetacé à choisi d'être hébergé par l'Apinc pour éviter ce genre de problème (bandeaux publicitaires). Il est donc possible de trouver des solutions alternatives.
Par contre il est plus grave encore de faire de la publicité dans un journal syndical qui a lutté en 2003 contre la réforme inique du système de la sécu et des retraites, pour des compagnie d'assurances qui proposent des PERP et autres trompe-l'égalité (la GMF par exemple) ! On notera aussi en première page la pub pour Microsoft (comme en dernière page du magazine POU.R de la FSU). Les mauvais esprits feront un lien avec la politique des rectorats favorables au surpuissant américain contre les logiciels alternatifs (voir notamment la dessus l'article de R. V. ) ! La morale bien ordonnée commence par soi-même.
14.11
Depuis presque un an, la FNAC, poids lourd de la culture porte son regard sur les laissés pour compte de la culture et plus particulièrement ceux qui n'ont pas accès à la langue écrite. On apprend ainsi dans sa revue "Contacts" du 1er trimestre 2004, qu'elle sponsorise dans ce but deux associations : l'Apfée (association pour favoriser une école efficace) (sic!) et l'AFEV (Association de la fondation étudiante pour la ville) engagées toutes deux contre les exclusions. Si cette dernière association demeure relativement modeste et fonctionne sur un mode assez classique de bénévolat destiné principalement à apporter un soutien hors temps scolaire (aide aux devoirs), il n'en est pas de même avec l'Apfée.
En visitant le site de cette association, créée en 1993 (apfee.asso.fr), on se rend compte qu'elle est très bien structurée, avec ses sponsors et soutiens (Alcatel,Lafarge construction, Schneider-Electric, Unilever, Adecco intérim, la FNAC, Fondation de France, etc…) et ses parrains et animateurs (Alain Touraine, François Ceyrac (ex CNPF), Haroun Tazieff ! - même les morts sont de la partie-, Bernard Charlot, René Rémond, Gilles de Gennes, Gérard Chauveau …). Si l'Apfée dispense comme l'AFEV une aide personnalisée à la lecture hors temps scolaire, elle veut "appuyer l'école sans la perturber ni la concurrencer" mais suggère quand même de "modifier les pratiques pendant le temps scolaire". Elle obéit à un principe d'équité (très à la mode) "donner plus à ceux qui ont moins" pour réduire les échecs en début de scolarité. Elle propose un partenariat entre l'élève en difficulté, l'enseignant de CP, l'école, les parents et la municipalité. C'est le "Coup de pouce Clé" (Clubs de lecture et d'écriture) établi à partir d'un contrat (très à la mode, lui aussi) et du respect d'un cahier des charges "aux règles strictes". Cela se résume autour d'un nouveau concept : le "mécénat éducatif". La commission européenne finance d'ailleurs une étude pour l'exporter en Belgique, en Italie. L'objectif national est d'atteindre 60 000 enfants par an et il est précisé: "Le coût de l'accueil d'un enfant en Coup de Pouce CLÉ pendant 6 mois ne dépasse pas sensiblement le coût de l'accueil d'un jeune en centre d'éducation fermé pendant un jour." On est rassurés !
A la FNAC, l'heure est donc "à la mobilisation générale, sur un engagement de 5 ans, de tout son corps social pour lutter contre ce fléau national. Dans tous les magasins se multiplieront des actions et des initiatives pour stimuler le goût de la lecture et un partenariat avec l'Education nationale est déjà prévu." (entre autre, un projet de prix littéraire organisé dans écoles)
Et quand il ne restera plus d'AIS, l'école visant à être de plus en plus son propre recours et les enseignants toujours plus polyvalents, on pourra toujours faire des sorties pédagogiques du côté de la rue de Rennes ou du Forum… Question sponsoring, Gilles Legendre, directeur de la communication de la FNAC, joue carte sur table en parlant déjà "d'un grand succès". En effet, il annonce que 234 595 livres de littérature de jeunesse ont été vendus à Noël dernier et que 121 798 € ont été reversés aux deux associations en lutte (contre l'illettrisme…) Quand le cœur de la FNAC bat pour "la démocratie et la justice sociale", le profit donne le bon tempo...
[source : Journal du Net mai 2003, et liste H-Français]
Suprise pour les examinateurs du brevet 2004 dans l'académie de Bordeaux : les sujets étaient marqués d'un bandeau proposant aux élèves de connaître leurs résultats par SMS, pour la modique somme d'un euro quarante. Surprise ? Pas tant que cela. Depuis quelques années, france-examens.com, filiale du groupe Prosodie, prospère grâce aux résultats d'examens de l'EN.
Elle diffuse dans un temps record les corrigés d'examen (gratuitement), puis les résultats (en les faisant payer), des brevet, baccalauréat, BEP, et certains CAP et BTS, via le minitel, internet, ou les SMS. C'est aussi cette entreprise qui vend les résultats aux sites des grands quotidiens ou portails internet.
Une entreprise qui prospère (une dizaine de salariés à plein temps, 3 millions
d'euros de CA en 2002), où est le problème ?
Le problème c'est que cette prospérité se fait en jouant sur les angoisses des
candidats et de leurs parents après l'examen et sur une défaillance du service public
d'éducation, qui devrait quand même être capable de donner les résultats avant une
boîte privée. Et ce avec la bénédiction (accréditations) des différents rectorats...