En fixant des priorités
éducatives, nous allons enfin donner du sens à la culture commune
qui doit être impérativement maîtrisée par tous les jeunes français. En faisant des
choix,
nous venons de rompre avec une logique cotonneuse qui, chaque année,
conduit 150.000 adolescents dans le mur !
25.02
La Loi d'Orientation Scolaire, qui va fixer la politique
en matière d'éducation pour les quinze prochaines années, est désormais votée, dans
l'urgence, mais votée. Le texte devrait connaître une application dès la rentrée 2006. Que reste-t-il dans ce texte
après une longue lutte des enseignants et des lycéens : Dix choses que je sais d'elle : la Loi Fillon.
La loi avance au mépris de toute règle démocratique
: le Conseil Supérieur de l'Education (cf. les
dépêches AFP sur le Forum, rubrique E-duquons)
a refusé le jeudi 16.12 un projet qui ne tient en apparence aucun compte du rapport Thélot (rédigé par
des experts...), qui déjà n'avait aucun rapport avec les conclusions du "Grand Débat sur l'Ecole" de l'an dernier,
qui lui-même était une vaste blague... Fillon l'a reconnu lui-même sur France Inter ce
même jour : «tout le monde est satisfait du miroir du
débat, mais on ne fait pas une réforme avec 60 millions d'avis».
Cette loi, derrière les rares bonnes intentions (langues, aides aux élèves en difficulté...) qui ne se traduisent par rien de concret (les promesses de Fillon de création de postes sont en contradiction totale avec la carte des suppressions de poste, suppressions historiques : -900 dans l'académie de Lille, -200 à Créteil), applique une volonté de réduire les dépenses de l'Etat en matière d'éducation, et de casser le statut des personnels, dans des logiques européennes de marchandisation de l'éducation dessinées à Lisbonne en 2000 et appliquées partout en Europe (cf. Forum, rubrique "Et ailleurs").
Prochaines étapes :
- En cours : dans la rue, contestation par les personnels EN d'une réforme qui réduit la qualité du service public et programme la destruction de leur statut fixé en 1950 : contestation à laquelle se joignent massivement (nouveauté par rapport à 2003), parents d'élèves et lycéens
Vie scolaire. Peut-on noter la vie des élèves ?
18.05
Souvenez-vous. La loi scolaire d'orientation et son rapport annexé (par ailleurs recalé
par le Conseil constitutionnel et à ce titre non légal : voir notre
analyse), mentionnait au titre des "novations" la nécessité de rétablir ou de
créer une note de vie scolaire pour les élèves. Certains collèges de l'Académie ont reçu
ces jours-ci l'invitation à participer à une "évaluation des attitudes des élèves en
fin de collège à l'égard de la vie en société". Ceci concerne la mise en place
généralisée pour 2006 d'une épreuve de vie scolaire valable au même titre que celles du
Brevet des collèges. N'ayant encore aucune information sur le sujet, sur le mode
d'évaluation, sur l'acteur-évaluant, on peut s'interroger de façon théorique sur
cette idée "nouvelle" de noter la vie des élèves.
Reprenons le questionnement IUFM donné lors d'une séance consacrée justement à
l'évaluation, nouvelle marotte libéralo-pédagogico-comique du Ministère.
1- Que doit-on évaluer ?
2- Pourquoi on doit évaluer ?
3- Quand doit-on évaluer ?
4- Comment doit-on évaluer ?
5- Où doit-on évaluer ?
6- A quoi ça sert que Ducros y se décarcasse ?
Réponse au questionnement numéro 1 après 4 heures d'ateliers : Peut-on noter la vie
d'un élève ? Combien de points doit-on attribuer en fonction du niveau de richesse ?
Doit-on prendre en compte le niveau d'éducation des parents, leur CSP ? Doit-on majorer
la note si l'élève vit dans un quartier défavorisé voire ségrégé ? Quel coefficient
appliqué en fonction du nombre de frères et soeurs ?
Réponse au questionnement numéro 2 : Parce que le Ministère me le demande
gentiment.
Réponse au questionnement numéro 3 : tout le temps.
Réponse au questionnement numéro 4 : On se propose face à un questionnement aussi complexe
de réaliser un tableau détaillant le barème d'une telle note de vie scolaire
| Critères du barème | Nombre de points sur 20 |
Modulation du barème |
| Pauvreté |
3 |
Voir fiche de paye et moduler en fonction. |
| Education et langue des parents |
5 |
L'IUFM éditera un livret avec des
correspondances. |
| Quartier de résidence |
5 |
Quartier vertical +5, quartier horizontal 0, quartier
éloigné +3, quartier de haute sécurité +4 |
| CSP du foyer |
3 |
Voir brochure IUFM/INSEE |
| Trouble médical ou psychologique |
3 |
Si le trouble ne gêne pas le professeur +3, si le
trouble gêne tout le monde -3 |
| Nombre de frères et soeurs | 1 |
Si plus de 5 frères et soeurs pour 10m2 de
logement |
| Bonus poids du cartable |
+2 |
Distance parcourue entre le logement et
l'établissement : Si + de 20 kms = +2 |
Réponse au questionnement 5 : Tout lieu public est valable pour cette opération : prison,
hôpital, établissements scolaires.
Réponse au questionnement 6 : C'est la question la plus importante. Pourquoi tout ça ?
Pourquoi remplacer ce qui relève de la sanction, de l'autorité des adultes, par une note
? Donner l'illusion aux enseignants de récupérer une partie de leur autorité perdue ou
mieux encore leur permettre de se venger lamentablement d'un élève récalcitrant ?
Qu'espère-t-on ? Résoudre tous les problèmes de violence et d'indiscipline en donnant
une note alors que les élèves visés sont précisément ceux pour qui la note n'a plus de
sens ?
On poursuivra la discussion dès que les modalités d'application tomberont.
La Loi Fillon recalée par le Conseil Constitutionnel : 2e session en
septembre 23.04
Le Conseil Constitutionnel a validé
vendredi 22 avril l'essentiel de la Loi Fillon. Deux exceptions. L'article 7 qui
définit les missions de l'école et qui a été jugé trop général par les juristes officiels
du Conseil. Pas si anodin cependant cette suppression du principe général de la loi
(voir
notre analyse sur ce point).
Camouflet ! L'article 12 de la Loi qui porte sur les objectifs et orientations du rapport
annexé est supprimé. Or l'essentiel des implications concrètes de la Loi étaient
contenues dans ce rapport annexé (Relire nos analyses du texte
de Loi et du rapport). La
procédure d'urgence qui devait prendre de cours les mouvements de lycéens et
d'enseignants contre la Loi, a eu pour conséquence probable un travail baclé.
Fillon n'est pas content c'est un fait : "le rapport annexé à la loi a été disjoint pour une raison de procédure
(...) sans que son contenu soit remis en cause sur le fond. Le rapport est la référence pour
l'action du ministère. Il sera intégralement mis en oeuvre", affirme t-il à
la suite du rejet du Conseil Constitutionnel. C'est en effet l'orientation du
gouvernement en matière scolaire qui est attaquée. On comprend donc la réaction du ministre
arcquebouté sur le socle commun de connaissances. C'est en effet ce qui reste de la Loi
telle que promulguée ce dimanche 24 avril. Or ce socle commun n'est pas défini dans la
Loi. On comprend aussi que le ministre, comme on s'y attendait d'ailleurs reporte
l'essentiel de son projet sur la reglementation et les circulaires qu'il annonce déjà
pour les mois à venir pour une application en septembre. La lutte contre la loi néfaste doit se
poursuivre, tant sur les principes (voir notre video-tract contre la Loi) que sur les modalités
d'applications (remplacement interne
par exemple).
23.04
Après le vote par le Parlement en urgence de ce texte préparé de longue date, il est temps de faire le point pour savoir d'une part à quoi l'on peut s'attendre pour la rentrée 2006 et d'autre part sur quoi on peut se battre dès maintenant.
En gras des extraits du texte définitif, soulignés des liens dans le site pour plus d'informations.
Quelques principes se dégagent :
Le socle commun de connaissances qui témoigne d'un changement de philosophie de l'éducation :
« La scolarité obligatoire doit au moins garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun constitué d'un ensemble de connaissances et de compétences qu'il est indispensable de maîtriser pour accomplir avec succès sa scolarité, poursuivre sa formation, construire son avenir personnel et professionnel et réussir sa vie en société. Ce socle comprend :Une culture de l'évaluationnite dirigée par un Haut conseil de l'éducation non démocratique :
« Le Haut conseil de l'éducation est composé de neuf membres désignés pour six ans. Trois de ses membres sont désignés par le Président de la République, deux par le Président de l'Assemblée nationale, deux par le Président du Sénat et deux par le Président du Conseil économique et social en dehors des membres de ces assemblées. Le président du haut conseil est désigné par le Président de la République parmi ses membres. Le Haut conseil de l'éducation émet un avis et peut formuler des propositions à la demande du ministre chargé de l'éducation nationale sur les questions relatives à la pédagogie, aux programmes, aux modes d'évaluation des connaissances des élèves, à l'organisation et aux résultats du système éducatif et à la formation des enseignants. Ses avis et propositions sont rendus publics. Le Haut conseil de l'éducation remet chaque année au Président de la République un bilan, qui est rendu public, des résultats obtenus par le système éducatif. Ce bilan est transmis au Parlement.»L'orientation des objectifs de l'éducation en fonction des objectifs européens et économiques :
" L'orientation et les formations proposées aux élèves tiennent compte de leurs aspirations, de leurs aptitudes et des perspectives professionnelles liées aux besoins prévisibles de la société, de l'économie et de l'aménagement du territoire. "Voir aussi : L'Europe de l'Education. Objectif Lisbonne
La reprise en main des enseignants :
« la Nation fixe comme mission première à l'école de faire partager aux élèves les valeurs de la République. Dans l'exercice de leurs fonctions, les personnels mettent en œuvre ces valeurs [...] l'apprentissage de l'hymne national et de son histoire [...] Le développement des initiatives menées en partenariat (constitution de chorales, chartes « Adopter son patrimoine »...) seront encouragés. [...] L'enseignement du fait religieux est présent de manière diffuse dans les programmes de nombreuses disciplines : histoire, lettres, arts plastiques ou musique, et il peut facilement s'inscrire en langues et en philosophie, mais n'est toutefois ni clairement défini ni réellement structuré. Dans le monde d'aujourd'hui où le fait religieux marque tout à la fois l'actualité en permanence et constitue l'une des clés d'accès à la culture comme aux arts, cette situation ne peut être jugée satisfaisante. Il convient donc, dans le respect de la liberté de conscience et des principes de laïcité et de neutralité du service public, d'organiser dans l'enseignement public la transmission de connaissances et de références sur le fait religieux et son histoire. Cela suppose, en premier lieu, que les jeunes enseignants reçoivent eux-mêmes une formation spécifique adaptée en IUFM, et que l'enseignement du fait religieux figure aussi dans les plans de formation continue. Cela supposera, en second lieu, que des outils pédagogiques utiles soient conçus et réalisés. Cela supposera, enfin, une insertion judicieuse de cet enseignement dans les programmes des principales disciplines concernées. »Voir aussi : Contre nous de la tyrannie : Marseillaise obligatoire à l'école
Le pilotage économique du système (à mettre en lien avec la LOLF) :
« La loi organique relative aux lois de finances va donner aux établissements une responsabilité budgétaire plus grande en fonction d'objectifs pédagogiques clairement déterminés dans le cadre d'un contrat entre l'académie et les établissements. Cette nouvelle marge d'initiative doit être utilisée par les établissements au profit d'une organisation plus efficace. [...] conduire un effort de gestion rigoureuse et à rendre plus efficaces les modalités d'organisation de notre système d'enseignement. Chacun, à l'intérieur du service public de l'éducation, doit y contribuer. La stratégie ministérielle de réforme et la loi organique relative aux lois de finances du 1er août 2001 doivent conduire l'éducation nationale à une nouvelle répartition des rôles dans sa gestion de l'enseignement scolaire et à une utilisation optimale des crédits et des emplois que lui attribue la Nation. »Une vision européenne tout à fait particulière de l'éducation :
« La dimension européenne est renforcée dans l'enseignement scolaire, secondaire, supérieur et universitaire. L'histoire de la construction européenne, ses enjeux, son évolution politique, économique, sociale et sa dimension culturelle font l'objet de programmes ou de modules de programmes spécifiques régulièrement mis à jour. Cet enseignement prend les formes adaptées aux différents degrés du système éducatif, de la première année de l'enseignement primaire à l'ensemble des universités et des établissements supérieurs de tous niveaux et de toutes disciplines. Un double objectif est fixé : favoriser la poursuite d'études supérieures dans un pays européen et faciliter la recherche d'emploi sur les marchés français et européen du travail. Pour y parvenir, notre pays doit avant tout rattraper son retard dans le domaine de la maîtrise des langues étrangères. »l'entrée de l'entreprise dans le processus educatif et dans les établissements sous plusieurs formes :
Le contrôle continu au Bac... dans quelques mois :
« En vue de la délivrance des diplômes, il peut être tenu compte, éventuellement en les combinant, des résultats d'examens terminaux, des résultats des contrôles en cours de formation, des résultats du contrôle continu des connaissances, et de la validation des acquis de l'expérience. Lorsqu'une part de contrôle continu est prise en compte pour la délivrance d'un diplôme national, l'évaluation des connaissances des candidats s'effectue dans le respect des conditions d'équité. »Le retour des petits chefs
« est institué un conseil pédagogique. Ce conseil, présidé par le chef d'établissement, réunit au moins un professeur principal de chaque niveau d'enseignement, au moins un professeur par champ disciplinaire, un conseiller principal d'éducation et, le cas échéant, le chef de travaux. Il a pour mission de favoriser la concertation entre les professeurs notamment pour coordonner les enseignements, la notation et l'évaluation des activités scolaires. Il prépare la partie pédagogique du projet d'établissement. »La formation hors temps de travail pour les enseignants ? :
« Lorsqu'elle correspond à un projet personnel concourant à l'amélioration des enseignements et approuvé par le recteur, la formation continue des enseignants s'accomplit en priorité en dehors des obligations de service d'enseignement »La dévalorisation de l'enseignement :
Voir aussi : une analyse de la mise en oeuvre d'une vieille idée-fixe : le remplacement interne
Un mystère :
« En raison de l'évolution des conditions d'enseignement, le fondement de décharges spécifiques désormais non justifiées devra être réexaminé de sorte que les établissements disposent de moyens propres pour mettre en œuvre leurs priorités pédagogiques au service de la réussite de tous les élèves. »Cf. aussi l'analyse de notre compère pachydermique, le "Mammouth Déchaîné".
Parmi les amendements proposés par les umpistes pour
enjoliver la loi d'orientation sur l'Education, l'obligation d'apprendre la
Marseillaise aux écolier.
Réaction du site Brave Patrie,
qui se félicite de la nouvelle en déplorant la frilosité de Jérôme Rivière (pourquoi pas
"Maréchal nous voilà ?") et de Bernard Girard, enseignant à Laval (53), qui a
envoyé à Cétacé la contribution qui suit.
L' Assemblée Nationale a décidé d'inclure à la loi Fillon un amendement imposant l'apprentissage de la Marseillaise à l'école.
L'auteur de l'amendement ? Un certain Jérôme Rivière, député UMP des Alpes Maritimes, dont personne ne peut feindre d'ignorer la sympathie pour l'extrême-droite. Il s'était rendu célèbre, notamment, comme responsable d'un site internet ouvertement raciste et xénophobe et en jetant l'anathème sur le MRAP.
On connaît la fascination d'une certaine idéologie politique pour les notions de pureté de la race et du sang ; c'est par le biais d'une loi sur l'enseignement que ces thèmes nauséeux trouvent leur place à l'école, en faisant chanter aux enfants ces paroles hideuses et dangereuses : « qu'un sang impur abreuve nos sillons ».
On sait très bien que cet hymne national n'a jamais fait l'unanimité en France et que nombre de parents - qui sont quand même, jusqu'à plus ample informés - les premiers responsables de l'éducation morale de leurs enfants, le rejettent comme contraire à leurs valeurs. Ce qui est le cas également pour beaucoup d'enseignants qui, en outre, ne comprennent pas comment on peut, d'un côté, interdire le foulard à l'école au nom de la « neutralité » de l'école et de l'autre introduire une obligation contraire à la plus élementaire des libertés de conscience.
Il faut dire qu'à l'Assemblée Nationale on a pris la fâcheuse habitude de s'essuyer les pieds sur cette liberté de conscience, notamment lors de la création, il y a 2 ans de cet invraisemblable délit d' « outrage aux symboles nationaux », délit sanctionné par une amende de 7500 euros et de plusieurs mois de prison [dans la fournée des lois Perben II, sauf erreur].
Sur ce thème, où, une fois de plus, mythe national et Front National sont étroitement mêlés, il va falloir tirer les choses au clair et réagir promptement : les enseignants accepteront-ils sans sourciller que des thèses racistes et haineuses se trouvent comme métamorphosées en valeurs civiques sous couvert d'un hymne stupidement national ? Jusque là, ils sont déjà descendus dans la rue pour moins que ça...
Bernard Girard, enseignant, 53000 Laval
Ces jours-ci, stimulé par le Chi himself, le ministre bicéphale plénipotentiaire Fillon-Donnedieu de Vabres annonce un plan de relance des enseignements des arts à l'école. De qui se moque-t-on ?
Retour sur quelques mois :
Cette année (héritage Ferry, budget Fillon) les classes
à PAC (projet culturel et artistique) sont réduites de façon draconiennes dans les
établissements primaires et secondaires, pour cause de restrictions budgétaires. Ces
projets qui permettaient aux enseignants de collaborer avec des artistes, ont donné -
j'en témoigne en tant qu'enseignant d'un établissement en ayant obtenu - des
projets tout à fait remarquables tant au point de vue de la pratique artistique que de
l'épanouissement personnel des élèves. Le ministre qui doit répondre à ce type
d'argument explique : "c'est un miroir aux alouettes qui concerne à peine 3%
des élèves" ; admirez le sophisme. A ce titre le grec et le latin (qui concernent
moins d'élèves) ont du souci à se faire. Il est vrai que les langues rares ont du mal à
survivre depuis deux ans. Mais c'est oublier qu'il s'agit en réalitré de 3%
annuel et que sur une scolarité qui dure 3+5+4+3 années au mieux, soit 15 ans, c'est la
possibilité pour de nombreux élèves de particper un jour à ce type de projets.
Pire encore, dans le rapport Thélot (voir toute la page) et dans l'avant-projet de loi
Fillon les arts ont été sacrifiés, ne faisant pas partie du socle commun. Bien sûr le ministre affirme aujourd'hui
qu'on lui fait un procès d'intention. En réalité il en était de même pour
l'histoire-géographie et les sciences réintégrées (théoriquement) dans le socle commun
après pressions multiples des savants et des enseignants. Il en est de même pour les arts.
La pression des artistes et des enseignants à obliger le ministre à revenir sur son projet,
au moins en théorie. Il faut absolument dénoncer cette façon de percevoir
l'enseignement, c'est-à-dire un enseignement résumé aux savoirs-faire de
l'entreprise qui relègue dans les oubliettes tout enseignements culturel et artistique.
Une folie !
Le Conseil National de l'Enseignement Supérieur et de la
recherche vient de voter contre le prjet de loi Fillon, dans les mêmes termes, quasi unanimes
de son confrère le CSE (voir plus bas). Le ministre peut donc se vanter d'avoir fait
l'unanimité avec félicitations du jury.
Le Conseil a mis en valeur la question du remplacement interne des enseignants
absents et la question plus vaste de la transformation de l'orientation des élèves. Il
dénonce globalement une logique "libérale" à l'oeuvre dans le projet de
loi.
Le mois de janvier sera donc marqué par deux événements :
- la présentation du projet de loi en conseil des ministres car bien évidemment ces conseils,
commes tous les conseils sont purement consultatifs et n'auront aucune influence sur le
déroulement de la démarche législative. .
- un mouvement de grève et d'actiosn des enseignants qui forts de la journée de décembre
et des actions en cours dans les collèges d'Ile de France, se relèvent.
Le CSE ( Conseil supérieur de l'Education) contre la loi Fillon Thélot (18.12)
Qu'est-ce-que le Conseil Supérieur de l'Education qui se permet de retoquer le
porjet de loi Fillon à la quasi unanimité ? Il est ainsi composé : L'assemblée générale
comporte 157 membres répartis comme suite : 25 membres nommés par les institutions de
l'état, 72 membres élus représentants de l'éducation et de la formation 30membres
représentants les organisations syndicales et de la formation, 30membres représentants les
organisations syndicales et associations des PE, 30 personnalités du monde des sciences,
de l'éducation et de la culture nommées par le président de la république.(plus
d'infos sur le
CSE)
Il a statué vendredi 17 décembre sur la valeur du projet de loi Fillon Thélot (nous on
avait statué un peu plus tôt : voir quelques unes de nos analyses : le rapport Thélot, le projet de loi, analyse en primaire, en secondaire, et l'Europe dans tout ça.
D'après les dépêches de nos agences préférées :
Le conseil supérieur de l'Education (CSE), instance représentative du monde éducatif dont l'avis n'est que consultatif, s'est très majoritairement prononcé jeudi contre le projet de loi d'orientation sur l'Ecole du ministre de l'Education nationale, François Fillon. Rejeté par 39 voix contre, 4 voix pour et 9 abstentions, le projet de loi Fillon a en outre fait l'objet d'un voeu global adopté par la majorité souhaitant que le projet soit retravaillé. A l'issue de plus de huit heures de débats, le ministre a rappelé que "le débat ne s'arrête pas avec cette séance du CSE, j'ai bien l'intention de continuer le dialogue jusqu'au vote du Parlement début 2005". Parmi les 52 personnes présentes - sur 97 membres du CSE, présidé par le ministre - le Medef et la CFTC notamment ont voté pour, tandis que la CFDT, le SNPDEN (chefs d'établissement), la Peep (parents d'élèves), l'Unaf (associations familiales), le CSEN, le Snalc-CSEN (enseignants, droite), la Fage (étudiants) et le Spelc (enseignement catholique) se sont abstenus. M. Fillon a assuré que "les motifs qui fondent les positions des syndicats opposés au projet sont contradictoires: certains jugent qu'il faut un socle mais veulent corriger sa définition mais d'autres n'en veulent pas (...), certains sont pour la modernisation du bac, d'autres contre, certains soutiennent la liberté pédagogique des enseignants, d'autres sont contre". Dénonçant "un vrai projet de régression", la FSU, principale fédération du monde éducatif, s'est élevée contre l'absence de "moyens permettant d'atteindre les objectifs" fixés par M. Fillon et l'absence de volonté de "développer des solutions collectives". "Parce qu'elle en conteste la logique d'ensemble, la FSU et ses syndicats ne chercheront pas à amender partiellement (le projet de loi, ndlr): ils voteront contre et ils entendent continuer à mener le débat pour faire avancer des propositions qui permettent de contribuer véritablement à la réussite de tous", a-t-elle déclaré. De son côté, l'Unsa-Education, a affirmé dans un communiqué à l'issue du vote, qu'"en l'état, le projet de loi ne résoudra aucun des défis posés au système éducatif". La fédération des parents d'élèves de l'enseignement public, la Peep, avait en outre demandé mercredi "officiellement au ministre de tenir compte du vote qui sera émis et de revoir sa copie s'il ne recueille pas une majorité de voix favorables" du CSE. Le projet de loi d'orientation sur l'Ecole doit passer devant le conseil des ministres le 12 janvier pour un débat parlementaire en février-mars. Les premières dispositions de la nouvelle loi doivent prendre effet à la rentrée prochaine.
Il vous aura...
Il nous aura...
Echappé ...
Que...
Dans le plan Borloo
Dit de cohésion sociale
.......
Il y a
Il y a
des mesures éducatives...
Dans le texte :
TITRE III
-PROMOTION DE
L'ÉGALITÉ DES CHANCES/Chapitre Ier
A/
Accompagnement des élèves
en difficulté/
Article 54 B
Les dispositifs de réussite éducative mènent des actions
d'accompagnement au profit des élèves du premier et du second degré et de leurs
familles, dans les domaines éducatif, périscolaire, culturel, social ou sanitaire. Ils sont
mis en œuvre dès la maternelle, selon des modalités précisées par décret, par un
établissement public local d'enseignement, par la caisse des écoles, par un groupement
d'intérêt public ou par toute autre structure juridique adaptée dotée d'une
comptabilité publique. Les dispositifs de
réussite éducative s'adressent prioritairement aux enfants situés en zone urbaine
sensible, ou scolarisés dans un établissement relevant de l'éducation prioritaire.
Chaque année, un bilan des dispositifs de réussite éducative est présenté à l'ensemble
des partenaires y contribuant.
Article 54 C
Le livre IV de la première partie du code général des
collectivités territoriales est complété par un titre IV ainsi
rédigé :
« TITRE IV - ÉTABLISSEMENTS PUBLICS LOCAUX DE
COOPÉRATION ÉDUCATIVE
Art. L. 1441-1. - Une commune ou un établissement public de coopération intercommunale
peut constituer avec l'Etat un établissement public local de coopération éducative
chargé de mobiliser et de coordonner l'ensemble des acteurs afin de contribuer,
notamment par la création de dispositifs de réussite éducative, au développement et au
soutien éducatif, culturel, social et sanitaire des enfants.
« Art. L. 1441-2. - Les établissement publics locaux de coopération éducative sont des
établissements publics à caractère administratif créés par arrêté du représentant de
l'Etat, sur proposition de la commune ou de l'établissement public de coopération
intercommunale intéressé.
« Un décret en Conseil
d'Etat détermine les règles d'organisation et de fonctionnement de ces
établissements. »
Article 55
1° L'article L. 341-1 est complété par un alinéa
ainsi rédigé :
« Des groupements d'intérêt public peuvent également
être créés pour apporter, en particulier par la création de dispositifs de réussite
éducative, un soutien éducatif, culturel, social et sanitaire aux enfants relevant de
l'enseignement du premier et du second degrés. ».
Le projet de loi Fillon. Extraits commentés par un enseignant qui n'en peut mais... (3/12)
Ca y est le projet de loi est tombé ce vendredi 3
décembre.
Il était dans les cartons avant même le rapport Thélot, avant même le "grand" débat
(durant lequel fort naivement les parents, les enseignants, les élèves de mon établissement
avaient demandé l'extension du socle commun par de nouvelles matières alors que le
ministre retient un socle minimal), "grand débat" donc, avant même que Fillon ait
été nommé, avant même que la droite soit revenue aux affaires (ô allégresse)...
Il est tombé, ramassons le.
Extraits commentés par un enseignant qui n'en peut plus d'être balloté d'un ministre à l'autre, d'une instruction à l'autre et qui rêve de la liberté pédagogique proclamée et jamais donnée (mais prise un peu quand même...)
L'heure du leurre : Le projet de loi
Fillon (20.11)
Le Ministre a parlé (longuement).
Premières remarques : Le grand débat national et la commission
Thélot (et leurs millions d'euros) ont été tempérés par l'ambition politique du
ministre UMP. Plus qu'un grand projet de réforme, il s'agit d'un catalogue de
mesures donnant aux uns, aux autres ; et surtout donnant l'impression (j'ai bien dit
impression) du ridicule et de la démagogie. On est loin de la vision d'ampleur du
rapport Thélot. Ce qui ne signifie pas, on le verra, que ce
projet de loi n'est pas dangereux. Il est même beaucoup plus dangereux ainsi en évitant
la visibilité trop grande de la réforme. Il ne faut pas oublier que ce ministre est celui qui
a accouché de la Grande Réforme des Retraites.
En premier lieu il faut garder à l'esprit que ce projet de
derriere_le_rapport_Thelotligne de l'Europe de la connaissance et de
l'objectif de Lisbonne 2010 qui impose une réforme rapide et uniforme des systèmes
éducatifs européens.
En second lieu, l'essentiel du projet (encore amendable dit
le démocrate) est contenu dans quelques mesures dont le grand public ne verra pas
l'enjeu. Les remplacements en interne
derrière leur philosophie humanitaire sont une machine de
guerre contre l'enseignement et le savoir en eux-mêmes. Ceux qui ont déjà enseigné
(et j'en suis) savent qu'on ne peut se retrouver devant une classe inconnue à
improviser un cours non construit - qui demande des heures de réflexion, des moyens pratiques
- qui plus est s'il s'agit d'enseigner une matière non maitrisée par
l'enseignant. Comme revalorisation du savoir on fait mieux !
En troisième lieu, l'essentiel du projet est, et qui
s'en étonnera ?, de faire des économies :
- la réforme du bac consiste en une diminution des
matières à l'examen : c'est-à-dire moins de fric à dépenser en juin.
- le remplacement par les enseignants présents sert à
ne plus recruter de remplacants et d'éducateurs.
- le socle commun de connaissances vise à supprimer
des heures (tout comme la disparition des TPE au lycée).
En quatrième lieu, justement, le socle commun des connaissances est la chose la plus dangereuse du projet de loi. Pourquoi, parce que le ministre s'est bien gardé de le définir. S'agit-il de constater au Brevet des collèges l'état des connaissances et des savoirs-faire d'un élève et de sanctionner ses acquis ? Ou bien pire s'agit-il de différencier les élèves entre ceux qui ont une aptitude naturelle et sociale à recevoir des enseignements nobles et d'autres inaptes à les recevoir et destinés uniquement à apprendre les bases de l'esclavage moderne (techniques mathématiques, informatiques et linguistiques). Il est fort probable que l'essentiel de la philosophie du projet se trouve ici.
Passons rapidement sur la démagogie de Fillon, estimant amadouer la révolte des professeurs en leur redonnant un semblant d'autorité : l'autorité ne se donne pas, elle se construit par le savoir et la relation à l'élève (sur l'autorité et l'enseignement). La réflexion sur le redoublement est un leurre. Tout le monde sait parfaitement qu'il peut être utile et n'est pas non plus la panacée. Dire (et ne surtout pas faire car en dernier ressort ce redoublement est le fait des directeurs d'établissements) que l'on redonne ce pouvoir aux enseignants est purement et simplement démagogique. Pour ma part je ne suis nullement en demande de ce type de cadeaux.
Un étonnement : pourquoi garantir la liberté pédagogique qui pour l'instant ne nous parait
menacée, même par le projet de loi d'ailleurs ? Soit il s'agit d'une proclamation
démagogique de plus, soit la mise en place du socle commun va toucher à cette
liberté.
Au final on doit se confronter à un projet de loi qui est un leurre. On nous envoie ailleurs
(autorité, liberté, bac/brevet) par des leurres. L'essentiel est dans le socle commun de
connaissances qui n'est pas défini, qui se joint à la réorganisation de
l'orientation, qui n'est pas définie. L'essentiel est dans la poursuite de la
destruction progressive du service public d'Education. Encore un leurre : on nous annonce
un plan pluriannuel de recrutement mais les chiffres montrent une diminution drastique des
adultes dans les établissements.
Et si nous prenions le temps, ensemble de réflechir à notre enseignement, à nos méthodes, et
si nous reformions nous-mêmes l'Education au lieu de subir les projets politiciens et
retors de nos élites qui n'ont jamais mis le pied dans une classe ?
Le simulacre démocratique de la scansion débat national/commission et rapport Thélot/Loi d'orientation scolaire rappelle les sombres heures du débat/rapport/loi sur la Sécurité sociale ou sur les retraites. Pourquoi un gouvernement affaibli comme l'est celui de Monsieur R. (Riff Raff pour les intimes) se lance t-il dans une politique éducative de grande envergure touchant aux professionnels, aux filières, au financement et à la philosophie globale de l'éducation en France ?
Les états européens membres de l'Union Eurpéenne se sont engagés en 2000 à faire du continent un pôle dominé par l'économie de la connaissance dans le but d'affronter la concurrence des grands blocs que sont les Etats-Unis, le Japon et la Chine émergente. Le pari défini par l'Union est de transformer radicalement le système éducatif européen, jusqu'alors mis à l'écart des politiques européennes (sauf les programmes d'échanges universitaires comme Erasmus) et surtout des directives, dans cette optique concurrentielle (les objectifs de l'UE sur le site officiel de l'UE). Ces obejctifs ont été concrétisés en 2001 (voir ces objectifs en pdf). Objectifs par ailleurs forts démocratiques, fondés sur l'épanouissement des citoyens et l'extension à tous de l'éducation.
Le travail du gouvernement et la philosophie du rapport Thélot s'éclairent à l'aune de la lecture de quelques documents que Cetacé ! met à votre disposition (voir plus bas les fichiers pdf tirés du site officiel de l'Union Européenne : www.europa.eu.int ). Cette lecture étant fastidieuse, répétitive et technocratique à souhait, on vous en propose l'analyse qui suit qui ne dispense en aucun cas de s'informer par soi-même en lisant le texte. Ces textes ont un grand intérêt, celui de présenter de façon technique, avec nombre de statistiques intéressantes, les évolutions des systèmes éducatifs européens et les politiques à mettre en place. Car il s'agit bien de cela, sans le dire, de diriger l'évolution de l'éducation en Europe à l'horizon 2010 (voir le programme de 10 ans sur le site de l'UE).
La mise en conformité des systèmes éducatifs européens aves les objectifs de Lisbonne 2000 n'est pas assez rapide au goût des technocrates bruxellois. Ils paniquent même puisqu'il s'agit de courir après le succès présumé des systèmes étatsunien et japonais. Alors nos technoéducateurs ont inventé des indicateurs neutres et objectifs, nommés BENCHMARKS (plus de précisions sur ce truc). Néologisme anglo-allemand qui effraierait le moindre politique et éducateur français, ce qui explique son absence notable dans le rapport Thélot (vérifier soi-même cette absence en parcourant les 164 pages du rapport - attention, ce rapport pèse 5,2 Mo, il faudra 15 minutes en bas débit).
En 2003 et 2004 l'Union européenne a produit deux textes qui montrent (ou sont censé montrer) l'urgence à réformer les systèmes éducatifs européens. L'introduction du rapport en appelle à un sursaut afin de remplir les objectifs fixés à Lisbonne en 2000 (communication 2003). On s'étendra sur le dernier rapport en date, celui de mars 2004 (42 pages de pur plaisir). Des choses très positives dans ce rapport (commme dans les autres d'ailleurs) : nécessité d'accroître la part financière publique et privée pour la connaissance et l'éducation, échanges européens renforcés, etc. Mais les BENCHMARKS se précisent : cinq indicateurs doivent être particulièrement favorisés par les états européens. conclusion du rapport 2004 : "Le rythme des réformes du système d'éducation et de formation doit être accéléré" (p. 6). Le LMD dans le supérieur est une conséquence directe de cette politique européenne en voie d'accélération. Il est applicable cette année ou l'année prochaine dans les universités françaises, mais personne ne sait ce que c'est. La reconnaissance commune des qualifications dans tous les pays ressort aussi de ce principe.
Quel rapport avec le rapport
?
Un des points soulevés en 2004 est le suivant : avec l'évolution démographique, le nombre
trop élevé de décrocheurs scolaires devient une plaie
(supportable auparavant). Les statistiques montrent d'ailleurs que la France compte parmi
les pays qui en ont le moins en Europe. Le but est donc de diviser par deux ce nombre
d'ici 2010 (page 18). Le rapport de Thélot se nomme Pour la réussite de tous les élèves. Y aurait-il un lien de
cause à effet entre les objectifs démographiques et économiques de l'Union et le titre du
rapport Thélot ? Citons non pas le rapport Thélot mais le
rapport de l'UE (2004) : "Tous les individus doivent acquérir un socle minimum
de compétences pour pouvoir apprendre, travailler et s'épanouir dans la société et
l'économie de la connaissance", d'où les objectifs en lecture, écriture,
calcul. Thélot a fait un copié collé du rapport UE 2004 ! Nos technocrates sont inquiets :
les enseignants ne se bousculent pas au portillon pour remplacer les retraités ! Comment
faire ? pas de réponses pour l'UE. pas de réponse pour Thélot, ah si : on augmente leur
temps de travail.
Les trois piliers pour réussir selon l'UE : concentrer réformes et moyens sur les points clés (j'ai déjà entendu ça quelque part) par une utilisation plus efficaces des ressources financières. Comment ? par la "réduction des poches d'inefficacité", "une contribution plus importante du secteur privé" (page 23 du rapport 2004). Il faut renforcer la formation continue des enseignants ce qui est une des mesures d'ailleurs fort positive du rapport Thélot. Quel est le socle commun pour l'UE : lecture, maths, langue (anglais), TIC : merci l'UE. Par contre le climat particulier de la France a du faire sauter une ligne dans le rapport : faire acquérir "l'esprit d'entreprise" (page 25). dans ce cadre il faut faire évoluer les pratiques des enseignants, développer l'orientation et les partenariats divers : copié-collé de monsieur Thélot.
Voilà, le rapport de Monsieur Thélot n'est qu'un vulgaire calque des propositions directives de l'Union Européenne déssinées à Lisbonnne en 2000 et réaffirmées vivement en 2004. Bonne lecture.
(26.10)
Trois niveaux de lecture possibles : en gras une synthèse de l'analyse, des citations du rapport entre guillemets, des commentaires précis.
A une exigence légitime : la réussite de
tous les élèves,
À l'exigence légitime d' «une amélioration de
l'Ecole qui rende possible la réussite de tous les élèves » (p. 19), exprimée par
les participants au grand débat national sur l'avenir de l'Ecole, à l'automne
dernier,...
une réponse de la politique et de
l'économie européennes
...la commission Thélot répond par des choix européens en matière de système éducatif, dont
les orientations politiques et économiques ont déjà abouti à la destruction des systèmes de
protection sociale (réforme des retraites et de la Sécurité Sociale) et de certains services
publics, dont le service de santé.
«Une réflexion prospective sur l'avenir de l'Ecole
ne pouvait toutefois faire l'impasse sur les effets que la construction européenne ne
peut manquer de produire (...) sur la conception des missions et du fonctionnement de
l'Ecole de la Nation. Cette réflexion peut être conduite de trois points de vue : -
l'harmonisation, fondée sur les préoccupations communes, des politiques éducatives
nationales... », (p. 21)
« L'effort pour conduire au niveau européen une réflexion sur la notion de compétences de base, soutenu par les ministres européens de l'Education, rejoint plus particulièrement le souci du présent rapport de promouvoir l'idée d'un socle de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes nécessaires au citoyen du XXIe siècle. », (p. 22)
La mission première de l'Ecole « est de faire en sorte que tous les élèves maîtrisent les savoirs et les compétences jugés fondamentaux... », (p. 25)
« La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l'Ecole doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois. », (p. 32)
« Le socle commun des indispensables ne s'identifie pas aux programmes tels qu'ils sont actuellement en vigueur à l'école et au collège. D'abord, parce que contrairement à eux, il ne délimite pas un périmètre idéal de ce que le bon élève devrait théoriquement savoir. », (p. 38-39)
« L'égalité des résultats ne signifie pas que les élèves obtiennent les mêmes résultats, mais que chacun réussisse selon ses talents, ses goûts et ses efforts. », (p. 44)
« Des enseignements complémentaires différenciés seront proposés, qui permettront ainsi à chaque élève d'aborder et d'approfondir des matières choisies en fonction de ses intérêts et de ses aptitudes. » (p. 40)
ambition minimale à laquelle la commission Thélot renonce elle-même immédiatement :
« qu'une très petite part d'une génération ne parvienne pas à maîtriser le socle commun à l'issue de la scolarité obligatoire est à craindre en dépit des améliorations qui seront apportées à l'école. », (p. 38)
« Parce qu'elle avait peut-être été oubliée, il faut rappeler avec force la dimension éducative de l'Ecole. », (p. 34)
« La commission (...) a tenté de concevoir les conditions qui permettront à l'Ecole de mieux assurer sa mission éducative. » (en gras dans le texte, p. 21)
« ...le monde de l'entreprise -- à travers son insistance sur les règles de socialisation dans le processus de formation d'actifs qualifiés -- paraît plus demandeur en « éducation » que d'autres acteurs ou partenaires de l'école. », (p. 35)
Les références au « savoir vivre » sont innombrables et ne peuvent pas toutes être
citées.
rôle pour l'assurance duquel il semble qu'on n'ait pas vraiment besoin d'enseignants, personnels moins rémunérés, voire bénévoles d'associations faisant l'affaire (on retrouve ici le discours tenu par Claude Allègre dans La Charte pour l'Ecole du XXIe siècle, bien avant le grand débat national) :
« Même s'ils ne le savent pas, même s'ils s'en défendent, tous les adultes qui travaillent dans un établissement scolaire font de l'éducation. », (p. 35)
« On pourrait envisager de promouvoir une culture de l'engagement réciproque entre les Français et leur Ecole (...) Cette culture prendra sa source principalement dans le développement de partenariats locaux, à l'échelle d'un établissement, d'un groupe d'établissements ou d'un bassin de vie. Parents, élus locaux, travailleurs sociaux, structures de soutien médicales et paramédicales, artistes, sportifs, entreprises, services publics, médias, les bonnes volontés sont nombreuses ; à l'Ecole de s'ouvrir et d'orchestrer ces énergies... » (p. 45)
« La formation initiale étant désormais suivie d'une formation tout au long de la vie, le socle commun doit être conçu non comme un bagage valable pour toute la vie, mais aussi comme favorisant la réussite d'un apprentissage différé dans le temps. », (p. 39)
« Il apparaît nécessaire de donner une seconde chance à ceux dont la formation initiale demeure insuffisante mais aussi – en raison des réformes requises par le financement des retraites et des tensions sur le marché du travail dues aux départs à la retraite – de garantir la possibilités de fins de carrières prolongées. » (p. 23)Marine (29.10)
Après la phase actuelle de "concertation" des
partenaires sociaux (hélas le mot de "partenaires" est désormais bien choisi si
l'on en croit les dires de la FCPE et de la CFDT), le Conseil Supérieur de
l'éducation devrait donner en décembre son accord favorable. Le projet de Loi
d'orientation scolaire, déjà rédigé depuis belle lurette sera présenté en conseil des
ministres en janvier et transmis le plus rapidement au parlement, simple chambre
d'enregistrement.
Nos chers parlementaires travaillerons, amenderons, peaufinerons le texte à la fin de
l'hiver.La loi est discutée à l'Assemblée nationale au Printemps. Les sénateurs en
fin de sieste confirment unanimement le texte. La Loi sera donc votée en mai. Rédaction des
règlements en 2005. Application de la loi à la rentrée 2006.
Un petit problème : les consultations avec les syndicats
s'achèvent le 16 novembre. Le projet de loi est prévu pour le 18 novembre. Cherchez
l'erreur !
La version définitive du rapport Thélot est consultable sur le site de la Documentation Française : rapport définitif en ligne.
Il est intéressant d'observer les points sur
lesquels se focalisent les médias : ils montrent les pistes que teste le
gouvernement dans l'opinion et chez les professionnels, et annonce certainement ce qui
est amené à être conservé dans ce long rapport.
Et là, force est de constater que, dernière la bonne
volonté affichée, la plupart des réformes phare peuvent se lire sous l'angle des
économies budgétaires, une fois de plus...
Exemples :
Les économies ne sont pas le seul aspect affligeant de ce document. Que penser en effet
d'une éducation fondée exclusivement pour les enfants et adolescents sur le français,
le calcul, l'informatique, et l'anglais de communication internationale ?
Exit la littérature,
exit l'histoire,
exit les sciences,
exit les arts
Nos gouvernants auraient-ils en tête la formation d'un nouveau "prolétariat"
(pour on ne sait quelles usines...) inapte à penser ? On est entré dans l'ère de la
Déséducation, déjà amorcée par la télévision, l'explosion des familles et la misère
sociale.
Monsieur Thélot, nous vous saluons bien bas.
Plusieurs membres de la commission Thélot ont démissionné au mois de septembre, au vu du
pré-rapport (publié dans la presse et mis en ligne mis en ligne sur le site
du Snes). Il s'agit en particulier de Elizabeth Altschull, professeur dans
le secondaire, Monique Canto-Sperber, philosophe Annie David, sénatrice communiste, et
Alain Finkielkraut, philosophe.
Cf. article
d'Elisabeth Lévy dans Le Figaro magazine du 25.09
(merci à Fetnat pour l'info)
Ce document de trois pages présentant l'essentiel du rapport est le fruit du travail de collègues du collège d'Aups (où sévit un certain Quentin D.), réunis en AG, résumé et mis en forme par les soins de Fred B., pour ne pas le nommer. Il rappelle l'origine du rapport, présente sa structure, et énonce ses principales propositions.
A voir aussi dans ce document, pour montrer que certains ont de la suite dans les idées, le thème du "remplacement en interne" (faire remplacer les absents par des collègues du même établissement) dans la production administrative depuis quelques années...
A lire absolument, à diffuser, à discuter ! Tract / analyse (Format PDF)
Le rapport Thélot se fait écho, soi-disant, de propositions ayant émergé lors du "Grand Débat" organisé l'an passé. La lecture de ses conclusions (encore provisoires) s'avère, malgré quelques rares pistes intéressantes, pour le moins inquiétante... Selon Le Monde, ce rapport de 151 pages est une version provisoire qui doit être "affinée" d'ici sa remise officielle le 12 octobre au 1er sinistre supposé s'en inspirer pour réformer la loi d'orientation de 1989. Vu les précédents "faits d'armes" de ce gouvernement, on ne risque pas d'être déçu du résultat final ...
A lire dans Le Monde du 26.08.04 quelques bribes du rapport Thélot (151 pages) dont on peut extraire quelques passages savoureux :
Le rapport propose une "nouvelle
approche" de la profession enseignante afin de mieux prendre en compte "les missions autres que celle de
l'enseignement" avec pour 1ère
conséquence une définition du service des enseignants qui intégrerait les fonctions
éducatives (soutien, temps consacré aux différents conseils, etc) et non plus seulement
les tâches d'enseignement.
2ème conséquence : le temps de présence dans
l'établissement serait accru de 4 à 8
heures pour les profs' de collège et de lycée. "Cette proposition, parce qu'elle bouleverse les habitudes,
devrait être la règle pour les profs' nouvellement recrutés et simplement proposés
au choix des autres."
8 à 10% des crédits des établissements du 2nd degré pourraient être utilisables librement par les établissements en fonction de leurs projets. Les chefs d'établissements seraient dotés de pouvoirs accrus. Dans les établissements difficiles, la commission suggère de permettre aux chefs d'établissements de donner leur avis sur la nomination des personnels qui ne pourraient pas être de néo-titularisés.
Selon son niveau scolaire, un élève pourra être appelé à passer l'essentiel de son temps sur l'apprentissage du socle ou n'y consacrer que la moitié de son temps .
D'autre part , la commission dénonce les carences de l'orientation et propose une "éducation aux choix" inscrite dans l'emploi du temps des collégiens à hauteur de 50 à 70 heures annuelles.
En parcourant rapidement les 151 pages du rapport mis en ligne sur le site du Snes il y a également de quoi se faire des cheveux blancs :
et j'en passe.
Fetnat
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