Des lycéens obligés de changer de langue
jeudi 21.01.2010, 05:06 - La Voix du Nord
Faute d'enseignant en espagnol, des élèves du lycée professionnel de Bully-les-Mines ont dû changer de choix. PHOTO PATRICK JAMES C'est une histoire abracadabrante. Au lycée Léo-Lagrange de Bully-les-Mines, une soixantaine de secondes en bac pro n'ont pas eu cours d'espagnol de septembre. ... .. à la fin décembre. Déjà pas simple. Mais, début janvier, les services de l'académie ont apporté une « solution » en laissant le choix aux élèves entre... l'allemand et l'italien.
En clair, faute de prof d'espagnol, on a demandé aux lycéens (qui font pourtant leur deuxième langue vivante depuis la quatrième) d'en changer. Pas facile à digérer pour Philippe, père d'une adolescente concernée : « Je le vis très mal. Nous avons été mis devant le fait accompli. Toute la classe de ma fille s'est vu imposer l'allemand. On sacrifie les jeunes. »
Élèves pénalisés ?
Ici, le problème ne vient pas de l'absence pour maladie d'un professeur mais plutôt d'une mauvaise gestion de l'administration qui révèle néanmoins la « pénurie » d'enseignants. Depuis la rentrée, la réforme du bac pro rend en effet obligatoire la deuxième langue vivante.
Après avoir reçu les voeux des élèves en février, le proviseur les a donc transmis au rectorat. Il raconte la suite : « J'ai appris en juin que je n'aurai pas le poste en espagnol. J'ai fait lettre sur lettre au rectorat. Mais il n'a pas su pourvoir ce poste et m'a contraint au final à donner les cours de LV2 dans d'autres matières, celles pour lesquelles il y avait des enseignants. » C'est-à-dire en allemand et en italien.
Jean-Marc Godeffroy résume : « On peut concevoir, même si ce n'est pas une excuse, que dans cette période de réduction des coûts, cette réforme du bac pro a pris de court les services académiques. Ils n'ont pas mesuré la place hégémonique prise par l'espagnol au collège. » Et comme cette histoire n'a pas mobilisé les foules, elle est passée comme une lettre à la poste. « Nous avons fait une réunion de parents en novembre, nous n'étions que deux, reconnaît Philippe. Aujourd'hui, je pourrais porter plainte à titre personnel auprès du rectorat, mais je me vois mal faire la bataille tout seul. » Quant à Francis Fauquette, de la FCPE locale, il se désole : « C'est honteux pour nos élèves. C'est comme si on disait : "C'est un lycée pro, c'est pas grave. Les choix des élèves, on s'en fiche." C'est pitoyable. » Aujourd'hui, la soixantaine de lycéens a donc débuté ce qui s'apparente plus à une « LV3 » et le proviseur, Jean-Marc Godeffroy, promet : « Je garantis que les élèves ne seront pas pénalisés. Pour le bac, ils auront une attestation expliquant les choses pour qu'ils aient une évaluation ajustée. »
R. R.
