Les logiciels libres : l'informatique du partage

Nouveau : À qui profite l'accord Microsoft/UNESCO ? (20/11)
Une petite explication sur ce que c'est qu'un logiciel libre
Le rectorat VRP de Microsoft ? (septembre 04)

À qui profite l'accord Microsoft/UNESCO ?

Le gnu et le manchot, symboles des logiciels libres Alors que l'Organisation des Nations Unies pour l'Éducation, la Science et la Culture s'était jusqu'ici montrée plutôt favorable aux logiciels libres, elle vient de signer un accord avec Microsoft pour étendre le marché de cette entreprise dans le monde. Ce revirement est très inquiétant pour l'indépendance des politiques éducatives.
Un rapport avec le retour des USA parmi les pays membres de l'organisation ?...

Voici le communiqué des deux grandes associations françaises de promotion des logiciels libres :

L'APRIL et la FSF France s'inquiètent des effets de l'accord signé mercredi 17 novembre par l'UNESCO avec Microsoft. La politique induite par ce document est en effet en contradiction avec le soutien au logiciel libre affiché par cette organisation ces dernières années. De plus cet accord survient dans un contexte international trouble. Les États-Unis mènent en effet actuellement une offensive sans merci contre le logiciel libre dans le cadre de la préparation du Sommet Mondial de la Société de l'Information (SMSI), sous l'égide des Nations Unies, tout en imposant à certains pays dits « en voie de développement », par des accords bilatéraux, des régimes de gestion des oeuvres et des inventions inadaptés. Ces pays ne disposent en effet pas des actifs et du tissu industriel nécessaires à la production de certains types de biens. Subissant un système de droit inadéquat car conçu pour un pays développé, ils sont contraints de se les procurer à des prix insoutenables auprès des grandes sociétés du Nord.

L'accord signé avec l'UNESCO conduira cette organisation à patronner la mise à disposition de plus de logiciels propriétaires aux pays en voie de développement. De tels logiciels, qui ne peuvent pas être utilisés, étudiés, modifiés et redistribués librement, ne contribueront pas à garantir à terme l'équipement du plus grand nombre des citoyens de ces pays.

Alors que la volonté commune d'émancipation du Japon, de la Chine et de la Corée du Sud les conduit à développer un système d'exploitation commun basé sur le noyau Linux, alors que le député Bernard Carayon a récemment mis en avant les risques importants induits par le recours massif à des logiciels propriétaires, il est regrettable que l'UNESCO invite ainsi les pays en voie de développement à mettre le doigt dans l'engrenage de la dépendance informationnelle plutôt que d'investir dans la fourniture d'instruments technologiques leur permettant de prendre à terme leur destin en main.

Le logiciel libre est en effet un bien commun informationnel librement utilisable et adaptable par tous. Il permet d'accéder au patrimoine commun de l'Humanité en la matière à un prix raisonnable et de mener des stratégies de développements mutualisés génératrices d'importantes économies. Il est également créateur d'emplois locaux qualifiés, les développeurs du Sud ayant la possibilité d'adapter les logiciels aux besoins. Il permet enfin de mettre gratuitement à disposition les logiciels ainsi développés, possibilité dont il semble superflu de souligner l'importance pour des pays n'ayant parfois pas même les moyens d'assurer la sécurité alimentaire ou sanitaire de leurs populations.

L'APRIL et la FSF France soulignent que la copie de logiciels propriétaires peut également être effectuée, comme pour toute oeuvre immatérielle, à un prix réduit. Il ne coûtera donc en pratique que très peu à Microsoft de mettre à disposition des plus pauvres des oeuvres par essence abondantes et déjà largement rentabilisées par leur vente dans les pays riches.

L'APRIL et la FSF France prennent acte des propos de Koïchiro Matsuura, Directeur général de l'UNESCO, qui a indiqué que la relation entre Microsoft et l'UNESCO n'était pas exclusive. L'APRIL et la FSF France invitent cependant l'UNESCO et les pays du « Sud » à ne pas se tromper sur l'identité du bénéficiaire à terme d'une telle « générosité ».

Quelques références sur l'Unesco et les logiciels libres :

Les logiciels libres, cékoidonc ?

Un logiciel est dit libre lorsqu'il offre à ses utilisateurs le droit de :

Pour les utilisateurs non-informaticiens, la liberté la plus importante est ce de pouvoir partager son logiciel, de donner une copie de son logiciel à ses amis, ses élèves... Mais les autres libertés sont vitales, par exemple pour que les documents produits avec un logiciel restent pour toujours la propriété de leur créateur et restent toujours lisibles. Ce problème de la pérénité des fichiers créés avec des logiciels propriétaires (c'est-à-dire non-libres) est souvent largement sous estimé. Pour plus d'informations vous pouvez consulter le site formats-ouverts.org.

Les logiciels libres sont des logiciels gratuits ?

Oui et non.

Tout le monde a le droit de vendre un logiciel libre, et de nombreuses entreprises les vendent en y associant des services, de la formation, de l'assistance... Mais ce qui est sûr, c'est que si vous possédez un logiciel libre vous pouvez le donner à autant de personnes que vous le voulez, légalement. En pratique donc, la grande majorité des logiciels libres sont disponibles en téléchargement gratuit sur internet, ou disponibles sur les CD vendus avec les magazines informatiques.

De plus les logiciels gratuits ne sont pas nécessairement libres. En particulier ils ne fournissent pas le code source, ce qui interdit aux autres d'y apporter des améliorations où de s'en servir pour construire un nouveau logiciel (et ainsi éviter de perdre du temps à réinventer la roue...) De plus en plus d'entreprises et d'administrations préfèrent maintenant financer le développement d'un logiciel libre existant pour l'adapter à leurs besoins plutôt que de payer pour une solution propriétaire qui ne leur convient pas tout à fait.

Les logiciels libres, où est-ce que je peux en trouver ?

Il y en a une large sélection (et très bien documentée, avec des tutoriels, des espaces d'aide...) sur le site framasoft.
Pour voir comment remplacer petit à petit vos logiciels propriétaires (c'est à dire non-libres), vous pourrez trouver une liste d'équivalences ici.

Pourquoi ne pas remplacer tout de suite Internet Explorer par Mozilla-Firefox par exemple ? Et Outlook par Mozilla-Thunderbird ? Ces logiciels sont plus pratiques d'utilisation, beaucoup plus sûrs (même le gouvernement américain déconseille d'utiliser Internet Explorer !!), et posèdent de nombreuses fonctionnalités manquantes aux équivalents de chez Microsoft.

Puis allez regarder du côté de la suite bureautique OpenOffice, qui regroupe un traitement de texte, un tableur, un logiciel de présentation (type Powerpoint) et un logiciel de mise en page.
OpenOffice sait entre autres :

Une dernière remarque : ces deux suites logicielles (Mozilla et OpenOffice) ont aussi l'énorme avantage de fonctionner à la fois sous Windows, sous Linux et sous Mac ! Pensez au jour où vous quitterez Windows...

Le rectorat VRP de Microsoft ? RV, 09/04

Le premier jour de cette rentrée 2004, une note adressée par le Recteur de l'académie aux responsables informatique des établissements a fait un peu parler d'elle. Voici ce qu'elle disait :

Objet : Logiciels bureautiques Microsoft et contrat SELECT.

Les logiciels bureautiques sont devenus au fil des ans, l'outil de référence des utilisateurs. La place prise par MICROSOFT, dans ce domaine, est très importante mais il y a actuellement une avancée des "logiciels libres" dont le coût varie d'une société à l'autre et qui peut aller jusqu'à la gratuité, comme par exemple la "suite Open Office", téléchargeable gratuitement.

Le Ministère de l'Education Nationale a négocié de nouveaux prix sur les produits MICROSOFT et un contrat cadre SELECT (N° 73S60445) a été signé au niveau national.

Ce contrat, valable deux ans, renouvelable par tacite reconduction, prévoit en particulier des remises importantes sur les logiciels couvrant

  • Le pack office standard : 48,12 euros HT
  • Le pack office professionnel : 56,87 euros HT

Ces prix sont des prix conseillés par Microsoft France auprès de ses revendeurs agréés.

Que nous dit cette note ?

D'abord que les autorités académiques sont au courant de l'existence des logiciels libres en général et de la suite bureautique OpenOffice en particulier, ce qui est une bonne nouvelle...
De nombreuses initiatives individuelles et quelques actions au niveau des académies (dont celles de Créteil !) visent à changer les habitudes des enseignants, qui sont souvent les premiers à former leurs élèves à utiliser les produits de Microsoft. Il existe aussi un accord cadre entre l'Association Française des Utilisateurs de Logiciels Libres et le Ministère de l'Education Nationale qui va dans ce sens.
Mais il est temps que ces initiatives passent à la vitesse supérieure, et que des solutions libres soient proposées et utilisées à tous les niveaux. Les serveurs internet sont déjà en grande partie des serveurs Linux, les serveurs de fichiers migrent progressivement (trop lentement quand même...) vers Linux, mais les postes clients sont en très grande majorité équipés uniquement de logiciels propriétaires.
Le courrier du Recteur aurait donc été une bonne occasion pour encourager plus ouvertement l'installation et l'utilisation de ces logiciels. On peut alors se demander pourquoi seule la société Microsoft bénéficie du droit de faire sa publicité dans cette note, et pourquoi cette dernière ne contient pas au minimum une adresse pour télécharger OpenOffice. Elle pourrait aussi proposer d'organiser une installation/formation/migration vers OpenOffice par exemple.

On apprend par la même occasion que les prix "grand-public" de la suite MicrosoftOffice sont démesurément chers : à 578 euros pour le pack standard et 706 euros pour le pack professionnel, comparés aux 57 et 68 euros proposés ici. Quelle entreprise peut se permettre de proposer un produit DIX fois moins cher que le prix public, même dans le cadre d'un achat groupé ?

Les logiciels libres (OpenOffice, mais aussi Mozilla pour internet, Linux pour le système d'exploitation...) remplacent petit à petit les logiciels propriétaires dans les établissements et les administrations, en France (l'administration fiscale, le ministère de l'intérieur... ) comme à l'étranger (à Munich, en Espagne, en Chine...).
L'abscence de logiciel équivalent à Access (un logiciel pour créer et utiliser des bases de données) dans OpenOffice est souvent mis en avant comme frein à la progression de la suite bureautique libre. C'est justement pour ce genre de raisons qu'il faut une volonté politique forte pour faire développer des logiciels libres encore meilleurs que les logiciels propriétaires actuellement utilisés dans de nombreux établissements : d'ailleurs des expérimentations sont déjà en cours dans de nombreux établissements français pour remplacer ce logiciel.

Pour terminer, une petite citation de notre cher Premier Ministre :

« Chacune de nos administration achète des logiciels, tableurs, traitement de textes, etc. à des éditeurs privés alors qu'il existe des logiciels libres. »
Jean-Pierre Raffarin
(France-inter, 26 mai 2004)


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