David
P. nous a fait parvenir ces textes (qui a été
diffusé dans les réseaux enseignants) comme
témoignage de l'occupation de l'annexe du ministère de
l'Education Nationale, rue de Sèvres, le mercredi 20
avril. Il fait partie des plus de 160 interpellés de ce jour, et
des plusieurs dizaines d'acteurs du mouvement amenés devant le
Tribunal. Récit des événements
du 20 avril et de
la garde à vue mouvementée qui
en a suivi, où de
nombreuses pratiques illégales ont été
observées.
[un comité de soutien a été
créé pour les lycéens et acteurs du mouvement
victimes de la répression - plus de renseignements à
venir bientôt]
Récit
des actions du 20 avril : occupation d'une annexe ministérielle
à Paris
La répression policière et judiciaire qui s’abat sur le
mouvement lycéen en ce moment prend des prétextes chaque
fois plus ridicules. J’ai déjà raconté les
conditions dans lesquelles j’ai été gardé à
vue pendant quarante-huit heures [cf. ci-dessous], d’autres ont aussi
écrit leurs expériences.
J’aimerai maintenant revenir sur les faits qui nous ont valu de se
faire embarquer à près de deux cents par les forces de
l’ordre comme des criminels.
Le rendez-vous de départ de l’action était largement
diffusé par tous les moyens disponibles que se sont
appropriés les lycéens : sites Internet privés,
publics, listes de diffusions, bouche à oreille, chaînes
téléphoniques, etc. Les agents en civils étaient
d’ailleurs nombreux et visibles sur la cour de Rome ce matin du
mercredi vingt avril. Les personnes présentes, essentiellement
des lycéennes et des lycéens, attendent le départ
de l’action en discutant, en partageant un encas, ou tout simplement en
improvisant une petite sieste sur le parvis. A un moment les deux ou
trois cents personnes présentes se répartissent en trois
groupes, une discussion est menée dans chaque groupe.
Essentiellement des explications sur la nature de l’action qui devra se
dérouler dans le calme, chaque groupe partira à son tour
et se retrouvera sur place. Le but, lors du transfert, est d’être
discret dans le métro, ce qui ne sera pas évident, chaque
groupe étant composé d’une centaine de lycéens,
mais ces mots d’ordre seront tout de même suivis, les
lycéens s’attirant très vite la sympathie des usagers des
transports en commun.
Le premier arrêt,
Solférino sur la ligne douze.
Suivant toujours les mots d’ordre, tout le monde descend sur le quai
lorsque quelqu’un crie « c’est ici ! ». Tout le monde passe
les barrières et se regroupe sur les marches, à la sortie
de la station. Quand le dernier est passé, tout le monde se met
à courir, tout droit d’abord, puis nous tournons à
gauche. Je reconnais le quartier : nous arrivons par l’arrière
sur le ministère de l’éducation nationale, de
l’enseignement supérieur et de la recherche. Quelques agents des
forces de l’ordre nous attendent et des barrières bloquent les
accès. Les premiers rangs se prennent des coups de tonfas et
tout le monde fait demi tour, le but de l’action est une occupation,
même si nous sommes en supériorité
numérique, il est hors de question de risquer
l’affrontement. Les jeunes personnes qui composent ce mouvement n’ont
pas envie de se faire blesser, ni d’être violent avec les agents
de la force publique. Nous reprenons le chemin du métro et
repartons dans la même direction.
Le second arrêt,
Falguière sur la ligne douze.
Nous avons à peine le temps de reprendre notre souffle, sur le
quai et dans le métro, et nous ressortons six stations plus
loin. La course est plus longue jusqu’à l’angle de la rue de
Sèvres et du Boulevard Pasteur. Nous reprenons notre souffle
avant d’arriver au but, ce qui nous permet de nous regrouper, quelqu’un
explique qu’il s’agit d’une
annexe du
Ministère de l’Education Nationale, et que nous allons
entrer ici.
L’entrée dans le
bâtiment.
L’effet de surprise nous permet en effet de ne trouver aucune forme de
résistance, toutes les portes sont ouvertes. Une fois à
l’intérieur, les mots d’ordre de non violence et de non
dégradation sont lancés et répétés.
Puis c’est l’exploration du bâtiment, des personnes partent
faire le tour du bâtiment pour trouver toutes les issues de
secours, d’autres parcourent les salles afin de faire un inventaire du
matériel disponible. Le bilan est assez décevant :
l’annexe est complètement vide, des meubles au rebut sont
entassés dans les salles des premier et deuxième
étages, le reste des salles est complètement vide. Seule
une petite poignée de personnel a encore ses bureaux dans une
petite partie du dernier étage. Ils ont toute liberté
pour fermer leurs bureaux et protéger ainsi leur travail en
cours. A la réflexion, le bilan n’est pas si négatif : on
ne pourra pas reprocher aux participants de détériorer
des meubles inexistants ou au rebuts, ni de dégrader des locaux
apparemment vidés avant réfection. Les meubles sont assez
imposants pour certains, comme de vieilles étagères assez
lourdes. C’est alors que pour le bon déroulement de l’action,
j’ai pu responsabiliser les participants
sur les risques de se blesser en transportant seul ce genre d’objet
encombrant et sur la nécessité de faire attention avec
les différentes portes en verre entassées sans
précaution à l’intérieur de certains meubles.
L’intérêt de la répartition des tâches qui se
met en place
rapidement à l’intérieur des locaux, permet même de
ne pas cogner les meubles contre les murs et montre à quel point
les lycéens sont responsables et coordonnés dans
l’urgence.
L’arrivée des forces de l’ordre.
Au bout de quelques temps les autocars bleus des gendarmes mobiles
ainsi que les autocars des autres brigades d’intervention de la police
sont en place autour du bâtiment. Les portes extérieures
ont soigneusement été bloquées afin de retarder
l’action des forces de l’ordre, et les derniers meubles sont
entassés dans l’entrée principale du bâtiment. Les
forces de l’ordre se mettent en place autour du bâtiment afin de
tenir à distance le rassemblement de soutien qui s’est
déjà mis en place. Quand ils décident de rentrer
en force, nous montons nous réfugier sur la terrasse. Une
première équipe de gendarmes mobiles passe au dessus des
grilles de l’entrée et commence à dégager tous les
meubles empilés. Les meubles sont sauvagement jetés sur
les bords et une voiture garée à l’intérieure se
retrouve avec la vitre du haillon brisée. Les équipes
avancent vers le bâtiment, rentrent par le local du vigile et se
retrouvent à l’intérieur. Des témoins
restés au rez-de-chaussée nous raconteront ensuite avoir
vu les agents avec des haches pour forcer le passage !
L’attente en terrasse.
Les forces de l’ordre ont rapidement monté les étages
malgré les obstacles, et s’arrêtent à
l’entrée de la Terrasse. Heureusement que ces agents sont sous
les ordres et que leurs dirigeants ont été assez
clairvoyants pour ne pas ordonner la charge sur la terrasse du
sixième
étage ; vu leur état d’énervement, je n’ose
imaginer le massacre lors de la charge et le nombre de jeunes gens qui
auraient pu basculer sur la voie. Le temps s’écoule doucement en
terrasse. Des occupants ont eu l’intelligence de prendre des bonbonnes
d’eau au dernier étage afin que
chacun puisse s’hydrater. Cela n’empêchera pas une jeune fille de
faire un malaise sur la terrasse, personne n’est préparé
pour pouvoir lui apporter grand secours, elle est placé en
position latérale de sécurité et des habits sont
posés sur elle afin qu’elle n’ait pas trop froid. Les agents
laissent passer une équipe de pompiers, et elle est prise en
charge. C’est la seule personne que j’ai pu voir monter dans un camion
de pompier sur les lieux de l’occupation. Des discussions, siestes et
petits jeux s’organisent sur la terrasse. Le rassemblement de soutien
est de plus en plus important en bas et des slogans sont
échangés dans la bonne humeur. Certaines personnes vont
discuter avec les responsables des forces de l’ordre, et certains
demandent à pouvoir sortir. Lorsque l’on accède à
leur demande, les jeunes gens sont fait prisonniers, et nous les voyons
d’en haut se faire fouiller et embarquer dans les cars
prévus à cet effet. Au bout d’un moment, de plus en plus
sont fatigués ou ont simplement envie de repartir. Le
rassemblement s’est encore épaissi en bas, et les caméras
des différentes télévisions sont en place. Il est
alors décidé collectivement de se constituer prisonnier.
Je ne reviendrai pas ici sur les multiples humiliations et autres
formes de violence qui ont été subies à
l’intérieur du bâtiment ainsi que dans les quarante huit
heures qui ont suivis.
David, jeudi 28 avril
Quelques images sont disponibles sur le lien suivant :http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=35349&id_mot=33
Récit
de la Garde à vue de 48 heures suite à l'occupation du 20
avril
Suite à l'occupation d'une
annexe du ministère de
l'éducation mercredi, à l'appel du comité de
coordination parisienne (je tiens cette infomation de la police), nous
avons tous été embarqué par la police : il y a eu
plus de cent soixante gardes à
vue !
J'étais dans le commissariat du septième où
nous
avons été traités de manière exceptionnelle
: nous avons passé toute la garde à vue ensemble
(mineurs, majeurs, filles, garçons) dans une salle du sous-sol
du commissariat sous la surveillance d'environ quatre agents de police
qui se relayaient. Nous étions dans une salle relativement
grande, et nous avons pu y prendre nos aises assez rapidement, nous
tenions même tous allongés. Nous pouvions discuter
librement, ce qui a permis de remonter le moral à ceux qui
flanchaient un peu par moment. Les conditions étaient tout de
même relativement spartiates, nous n'avions pas de couvertures,
et étions privés de la plupart de nos libertés. A
part l'équipe de nuit qui était exagérément
autoritaire, nos gardiens étaient plutôt ouverts à
la discussion, ils s'embêtaient au moins autant que nous. Les
allers et venues se succédaient : fouilles, notification de
garde à vue, visite de médecins, entretien avec avocat,
auditions, prise d'empreintes et de portrait...
Au milieu de
la nuit, on nous
a tous fait lever, en rang, pour
être soumis à un examen : ils venaient de recevoir un
rapport des renseignements généraux qui comportaient des
photos. Au moins une paire d'entre nous avaient été
reconnus et les policiers sont repartis. C'est à ce moment que
la tension est montée d'un cran : "est-ce que c'était moi
?", "que va-t-il arriver aux personnes reconnues ?", "que reproche-t-on
aux personnes prise en photos ?"... Malgré leur volonté
de nous cacher les épreuves, certains d'entre nous ont pu
à la volée identifier plusieurs personnes sur les photos
: des gens reconnus comme étant bien présents et
impliqués dans le mouvement, dans la coordination, dans les
manifestations. Il y avait aussi une exception : il n y avait pas que
des lycéens sur ces photos. Même à plusieurs
mètres, je me suis clairement reconnu sur une d'elle, ce qui m'a
été confirmé par d'autres personnes. Sur le
cliché, je suis au milieu de la terrasse en train de me balader
avec une cigarette à la bouche. La garde à vue s'est
poursuivie sur le même rythme, avec une paire de personnes
peut-être un peu plus anxieuses que les autres, mais avec
toujours de la bonne humeur.
Le
deuxième jour, le
jeudi, on nous a confirmé que nous
n'allions plus tarder à sortir, ce qui à
été effectif dans la suite des évènements.
Au bout d'un moment, les personnes majeures ont été
invité a quitter les lieux, à peu près dans
l'ordre alphabétique, et les personnes mineurs, au rythme
où leurs parents venaient les chercher. Puis le rythme s'est
ralenti, normal, il y avait de moins en moins de monde. au bout d'un
moment, nous n'étions plus qu'une poignée de mineurs et
moi-même. L'autre jeune personne qui à été
gardée en prolongation de garde à vue ne redescendait
plus, la procédure pour les mineurs est plus exigente, mais elle
m'a dit avoir aussi été longuement auditionnée. On
est enfin venu me chercher, mais pour me notifier la prolongation de
garde à vue, et m'auditionner, et me coller finalement dans la
cellule de garde à vue, videosurveillée, à
coté de la cellule des femmes, où a été
emmenée l'autre jeune personne. Même si nous pouvions
encore communiquer, la garde à vue est devenue plus dure, sans
lien et avec encore plus de fatigue. La porte qui séparait les
cellules du hall d'entrée était restée ouverte, ce
qui m'a permis de voir une paire d'agents en civil entrer pour
prévenir qu'un attroupement se mettait en place devant le
commissariat, je me suis douté qu'il y avait un peu de
soutien,
mais n'avait pas les moyens de le vérifier. Cathy m'avait
apporté de la nourriture, c'est à ce moment là que
j'ai compris que l'on savait où j'étais (...) j'ai alors
su que Sud
était aussi au courant. Avoir ainsi des bribes d'informations
provenant de l'extérieur était un grand soulagement. Des
élèves de mon lycée étaient présent
au rassemblement de soutien au pied de l'annexe du ministère,
ils m'ont vu et je me demandais si l'information avait circulé
jusqu'au lycée. Cela m'a été confirmé
depuis par de nombreux messages de soutien, et diverses propositions
pour le réaliser.
Lors de la
fin de la garde à
vue, une nouvelle épreuve
arrivait : la mise au dépot pour rencontrer le
procureur. La
pression monte toute seule quand on se retrouve avec une paire de
menottes aux poignets. Dans le véhicule qui nous amenait au
tribunal la jeune fille qui était avec moi souffrait
d'être ballottée, sans trouver de position confortable,
les menottes dans le dos. Puis suit la mise au dépot où
l'on recommence la fouille et la mise en cellule : deux lits
superposés, et une touche de luxe : un chiotte et de l'eau !
Nous étions six, à venir dans ces lieux pour des motifs
divers et variés. Au bout d'un moment, je me demandais s'il
n'était pas trop tard pour pouvoir suivre la procédure,
allais-je passer le week-end ici ? Puis on est enfin venu me chercher,
on a sauté la case procureur et je suis emmené devant le
juge. Une lycéenne était assise à
proximité, je
l'avais reconnue sur une des photos du rapport des renseignements
généraux. La garde à vue ne s'est pas
passée de la même façon : elle était
interrogée toutes les heures, à renfort de baffes ! Peu
de temps après arrive Maître Terrel qui suit mon dossier
et on a pu discuter, elle a pu consulter le dossier : environs trente
centimètres d'épaisseur en format A4... Elle était
très rassurante, et effectivement, j'étais dehors dans
l'heure. Elle à fait la demande pour avoir une copie du dossier
et je retourne la voir lundi.
Nous sommes tous "
mis en examen des
chefs
de :
- violences volontaires sans ITT en réunion, avec armes
par
destination sur agents de la force publique;
- dégradations en réunion de bien d'utilité
publique."
Le procureur demandait un placement sous contrôle judiciaire de
tous les majeurs, mais il nous a été signifié la
même chose, que l'on soit majeur ou mineur, c'est à dire
le refus de placement sous contrôle judiciaire. Bref, nous sommes
libre de circulation depuis vendredi soir et devons rester disponibles
pour la justice, en attendant le procès qui aura lieu plus tard.
Voila, c'est finit pour la première étape, on commence
déjà à parler de rassemblement de soutien lors du
passage au tribunal. Les dates ne sont pas encore communiquées,
mais il y a déjà Samuel M. qui passe en
procès le 25 mai après avoir été
arrété lors de la manifestation du 31 mars. Un
étudiant passe en comparution le 31 mai, suite à une
arrestation musclée (dont j'ai été témoin)
lors de la manifestation du 13 avril.
David