Témoignages d'acteurs du mouvement lycéen


LA PAGE DES LYCEENS - LIENS LYCEES OCCUPES ET/OU BLOQUES - CHAUD LE 94 !

Cétacé propose quelques témoignages d'acteurs du mouvement lycéen. Irremplaçables pour saisir ce qui s'est passé et se passe encore avec ce mouvement atypique, qui a survécu au-delà du mépris, de la répression, et de l'incapacité des enseignants à entrer dans l'action. D'autant plus irremplaçable que même les journalistes qui tentent de faire honnêtement et sérieusement leur travail peinent à trouver des sources fiables... (on ne parle pas des autres, ultra-majoritaires)
A compléter avec les brèves d'Indymedia.paris par exemple, et surtout avec les forums lycéens.

Envoyez vos témoignages à infos@ cetace.org (sans espace).


Occupation du 20 avril - Interpellations : un enseignant témoigne

David P. nous a fait parvenir ces textes (qui a été diffusé dans les réseaux enseignants) comme témoignage de l'occupation de l'annexe du ministère de l'Education Nationale, rue de Sèvres, le mercredi 20 avril. Il fait partie des plus de 160 interpellés de ce jour, et des plusieurs dizaines d'acteurs du mouvement amenés devant le Tribunal. Récit des événements du 20 avril et de la garde à vue mouvementée qui en a suivi, où de nombreuses pratiques illégales ont été observées.
[un comité de soutien a été créé pour les lycéens et acteurs du mouvement victimes de la répression - plus de renseignements à venir bientôt]

Récit des actions du 20 avril : occupation d'une annexe ministérielle à Paris

La répression policière et judiciaire qui s’abat sur le mouvement lycéen en ce moment prend des prétextes chaque fois plus ridicules. J’ai déjà raconté les conditions dans lesquelles j’ai été gardé à vue pendant quarante-huit heures [cf. ci-dessous], d’autres ont aussi écrit leurs expériences. J’aimerai maintenant revenir sur les faits qui nous ont valu de se faire embarquer à près de deux cents par les forces de l’ordre comme des criminels.

Le rendez-vous de départ de l’action était largement diffusé par tous les moyens disponibles que se sont appropriés les lycéens : sites Internet privés, publics, listes de diffusions, bouche à oreille, chaînes téléphoniques, etc. Les agents en civils étaient d’ailleurs nombreux et visibles sur la cour de Rome ce matin du mercredi vingt avril. Les personnes présentes, essentiellement des lycéennes et des lycéens, attendent le départ de l’action en discutant, en partageant un encas, ou tout simplement en improvisant une petite sieste sur le parvis. A un moment les deux ou trois cents personnes présentes se répartissent en trois groupes, une discussion est menée dans chaque groupe. Essentiellement des explications sur la nature de l’action qui devra se dérouler dans le calme, chaque groupe partira à son tour et se retrouvera sur place. Le but, lors du transfert, est d’être discret dans le métro, ce qui ne sera pas évident, chaque groupe étant composé d’une centaine de lycéens, mais ces mots d’ordre seront tout de même suivis, les lycéens s’attirant très vite la sympathie des usagers des transports en commun.

Le premier arrêt, Solférino sur la ligne douze.

Suivant toujours les mots d’ordre, tout le monde descend sur le quai lorsque quelqu’un crie « c’est ici ! ». Tout le monde passe les barrières et se regroupe sur les marches, à la sortie de la station. Quand le dernier est passé, tout le monde se met à courir, tout droit d’abord, puis nous tournons à gauche. Je reconnais le quartier : nous arrivons par l’arrière sur le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Quelques agents des forces de l’ordre nous attendent et des barrières bloquent les accès. Les premiers rangs se prennent des coups de tonfas et tout le monde fait demi tour, le but de l’action est une occupation, même si nous sommes en supériorité numérique, il est hors de question de risquer l’affrontement. Les jeunes personnes qui composent ce mouvement n’ont pas envie de se faire blesser, ni d’être violent avec les agents de la force publique. Nous reprenons le chemin du métro et repartons dans la même direction.

Le second arrêt, Falguière sur la ligne douze.

Nous avons à peine le temps de reprendre notre souffle, sur le quai et dans le métro, et nous ressortons six stations plus loin. La course est plus longue jusqu’à l’angle de la rue de Sèvres et du Boulevard Pasteur. Nous reprenons notre souffle avant d’arriver au but, ce qui nous permet de nous regrouper, quelqu’un explique qu’il s’agit d’une annexe du Ministère de l’Education Nationale, et que nous allons entrer ici.

L’entrée dans le bâtiment.

L’effet de surprise nous permet en effet de ne trouver aucune forme de résistance, toutes les portes sont ouvertes. Une fois à l’intérieur, les mots d’ordre de non violence et de non dégradation sont lancés et répétés. Puis c’est l’exploration du bâtiment, des personnes partent faire le tour du bâtiment pour trouver toutes les issues de secours, d’autres parcourent les salles afin de faire un inventaire du matériel disponible. Le bilan est assez décevant : l’annexe est complètement vide, des meubles au rebut sont entassés dans les salles des premier et deuxième étages, le reste des salles est complètement vide. Seule une petite poignée de personnel a encore ses bureaux dans une petite partie du dernier étage. Ils ont toute liberté pour fermer leurs bureaux et protéger ainsi leur travail en cours. A la réflexion, le bilan n’est pas si négatif : on ne pourra pas reprocher aux participants de détériorer des meubles inexistants ou au rebuts, ni de dégrader des locaux apparemment vidés avant réfection. Les meubles sont assez imposants pour certains, comme de vieilles étagères assez lourdes. C’est alors que pour le bon déroulement de l’action, j’ai pu responsabiliser les participants sur les risques de se blesser en transportant seul ce genre d’objet encombrant et sur la nécessité de faire attention avec les différentes portes en verre entassées sans précaution à l’intérieur de certains meubles. L’intérêt de la répartition des tâches qui se met en place rapidement à l’intérieur des locaux, permet même de ne pas cogner les meubles contre les murs et montre à quel point les lycéens sont responsables et coordonnés dans l’urgence.

L’arrivée des forces de l’ordre.

Au bout de quelques temps les autocars bleus des gendarmes mobiles ainsi que les autocars des autres brigades d’intervention de la police sont en place autour du bâtiment. Les portes extérieures ont soigneusement été bloquées afin de retarder l’action des forces de l’ordre, et les derniers meubles sont entassés dans l’entrée principale du bâtiment. Les forces de l’ordre se mettent en place autour du bâtiment afin de tenir à distance le rassemblement de soutien qui s’est déjà mis en place. Quand ils décident de rentrer en force, nous montons nous réfugier sur la terrasse. Une première équipe de gendarmes mobiles passe au dessus des grilles de l’entrée et commence à dégager tous les meubles empilés. Les meubles sont sauvagement jetés sur les bords et une voiture garée à l’intérieure se retrouve avec la vitre du haillon brisée. Les équipes avancent vers le bâtiment, rentrent par le local du vigile et se retrouvent à l’intérieur. Des témoins restés au rez-de-chaussée nous raconteront ensuite avoir vu les agents avec des haches pour forcer le passage !

L’attente en terrasse.

Les forces de l’ordre ont rapidement monté les étages malgré les obstacles, et s’arrêtent à l’entrée de la Terrasse. Heureusement que ces agents sont sous les ordres et que leurs dirigeants ont été assez clairvoyants pour ne pas ordonner la charge sur la terrasse du sixième étage ; vu leur état d’énervement, je n’ose imaginer le massacre lors de la charge et le nombre de jeunes gens qui auraient pu basculer sur la voie. Le temps s’écoule doucement en terrasse. Des occupants ont eu l’intelligence de prendre des bonbonnes d’eau au dernier étage afin que chacun puisse s’hydrater. Cela n’empêchera pas une jeune fille de faire un malaise sur la terrasse, personne n’est préparé pour pouvoir lui apporter grand secours, elle est placé en position latérale de sécurité et des habits sont posés sur elle afin qu’elle n’ait pas trop froid. Les agents laissent passer une équipe de pompiers, et elle est prise en charge. C’est la seule personne que j’ai pu voir monter dans un camion de pompier sur les lieux de l’occupation. Des discussions, siestes et petits jeux s’organisent sur la terrasse. Le rassemblement de soutien est de plus en plus important en bas et des slogans sont échangés dans la bonne humeur. Certaines personnes vont discuter avec les responsables des forces de l’ordre, et certains demandent à pouvoir sortir. Lorsque l’on accède à leur demande, les jeunes gens sont fait prisonniers, et nous les voyons d’en haut se faire fouiller et embarquer dans les cars prévus à cet effet. Au bout d’un moment, de plus en plus sont fatigués ou ont simplement envie de repartir. Le rassemblement s’est encore épaissi en bas, et les caméras des différentes télévisions sont en place. Il est alors décidé collectivement de se constituer prisonnier. Je ne reviendrai pas ici sur les multiples humiliations et autres formes de violence qui ont été subies à l’intérieur du bâtiment ainsi que dans les quarante huit heures qui ont suivis.

David, jeudi 28 avril
Quelques images sont disponibles sur le lien suivant :http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=35349&id_mot=33


Récit de la Garde à vue de 48 heures suite à l'occupation du 20 avril

Suite à l'occupation d'une annexe du ministère de l'éducation mercredi, à l'appel du comité de coordination parisienne (je tiens cette infomation de la police), nous avons tous été embarqué par la police : il y a eu plus de cent soixante gardes à vue !
J'étais dans le commissariat du septième où nous avons été traités de manière exceptionnelle : nous avons passé toute la garde à vue ensemble (mineurs, majeurs, filles, garçons) dans une salle du sous-sol du commissariat sous la surveillance d'environ quatre agents de police qui se relayaient. Nous étions dans une salle relativement grande, et nous avons pu y prendre nos aises assez rapidement, nous tenions même tous allongés. Nous pouvions discuter librement, ce qui a permis de remonter le moral à ceux qui flanchaient un peu par moment. Les conditions étaient tout de même relativement spartiates, nous n'avions pas de couvertures, et étions privés de la plupart de nos libertés. A part l'équipe de nuit qui était exagérément autoritaire, nos gardiens étaient plutôt ouverts à la discussion, ils s'embêtaient au moins autant que nous. Les allers et venues se succédaient : fouilles, notification de garde à vue, visite de médecins, entretien avec avocat, auditions, prise d'empreintes et de portrait...
Au milieu de la nuit, on nous a tous fait lever, en rang, pour être soumis à un examen : ils venaient de recevoir un rapport des renseignements généraux qui comportaient des photos. Au moins une paire d'entre nous avaient été reconnus et les policiers sont repartis. C'est à ce moment que la tension est montée d'un cran : "est-ce que c'était moi ?", "que va-t-il arriver aux personnes reconnues ?", "que reproche-t-on aux personnes prise en photos ?"... Malgré leur volonté de nous cacher les épreuves, certains d'entre nous ont pu à la volée identifier plusieurs personnes sur les photos : des gens reconnus comme étant bien présents et impliqués dans le mouvement, dans la coordination, dans les manifestations. Il y avait aussi une exception : il n y avait pas que des lycéens sur ces photos. Même à plusieurs mètres, je me suis clairement reconnu sur une d'elle, ce qui m'a été confirmé par d'autres personnes. Sur le cliché, je suis au milieu de la terrasse en train de me balader avec une cigarette à la bouche. La garde à vue s'est poursuivie sur le même rythme, avec une paire de personnes peut-être un peu plus anxieuses que les autres, mais avec toujours de la bonne humeur.
Le deuxième jour, le jeudi, on nous a confirmé que nous n'allions plus tarder à sortir, ce qui à été effectif dans la suite des évènements. Au bout d'un moment, les personnes majeures ont été invité a quitter les lieux, à peu près dans l'ordre alphabétique, et les personnes mineurs, au rythme où leurs parents venaient les chercher. Puis le rythme s'est ralenti, normal, il y avait de moins en moins de monde. au bout d'un moment, nous n'étions plus qu'une poignée de mineurs et moi-même. L'autre jeune personne qui à été gardée en prolongation de garde à vue ne redescendait plus, la procédure pour les mineurs est plus exigente, mais elle m'a dit avoir aussi été longuement auditionnée. On est enfin venu me chercher, mais pour me notifier la prolongation de garde à vue, et m'auditionner, et me coller finalement dans la cellule de garde à vue, videosurveillée, à coté de la cellule des femmes, où a été emmenée l'autre jeune personne. Même si nous pouvions encore communiquer, la garde à vue est devenue plus dure, sans lien et avec encore plus de fatigue. La porte qui séparait les cellules du hall d'entrée était restée ouverte, ce qui m'a permis de voir une paire d'agents en civil entrer pour prévenir qu'un attroupement se mettait en place devant le commissariat, je me suis douté qu'il y avait un peu de soutien, mais n'avait pas les moyens de le vérifier. Cathy m'avait apporté de la nourriture, c'est à ce moment là que j'ai compris que l'on savait où j'étais (...) j'ai alors su que Sud était aussi au courant. Avoir ainsi des bribes d'informations provenant de l'extérieur était un grand soulagement. Des élèves de mon lycée étaient présent au rassemblement de soutien au pied de l'annexe du ministère, ils m'ont vu et je me demandais si l'information avait circulé jusqu'au lycée. Cela m'a été confirmé depuis par de nombreux messages de soutien, et diverses propositions pour le réaliser.
Lors de la fin de la garde à vue, une nouvelle épreuve arrivait : la mise au dépot pour rencontrer le procureur. La pression monte toute seule quand on se retrouve avec une paire de menottes aux poignets. Dans le véhicule qui nous amenait au tribunal la jeune fille qui était avec moi souffrait d'être ballottée, sans trouver de position confortable, les menottes dans le dos. Puis suit la mise au dépot où l'on recommence la fouille et la mise en cellule : deux lits superposés, et une touche de luxe : un chiotte et de l'eau ! Nous étions six, à venir dans ces lieux pour des motifs divers et variés. Au bout d'un moment, je me demandais s'il n'était pas trop tard pour pouvoir suivre la procédure, allais-je passer le week-end ici ? Puis on est enfin venu me chercher, on a sauté la case procureur et je suis emmené devant le juge. Une lycéenne était assise à proximité, je l'avais reconnue sur une des photos du rapport des renseignements généraux. La garde à vue ne s'est pas passée de la même façon : elle était interrogée toutes les heures, à renfort de baffes ! Peu de temps après arrive Maître Terrel qui suit mon dossier et on a pu discuter, elle a pu consulter le dossier : environs trente centimètres d'épaisseur en format A4... Elle était très rassurante, et effectivement, j'étais dehors dans l'heure. Elle à fait la demande pour avoir une copie du dossier et je retourne la voir lundi.
Nous sommes tous "mis en examen des chefs de :
 - violences volontaires sans ITT en réunion, avec armes par destination sur agents de la force publique;
- dégradations en réunion de bien d'utilité publique."
Le procureur demandait un placement sous contrôle judiciaire de tous les majeurs, mais il nous a été signifié la même chose, que l'on soit majeur ou mineur, c'est à dire le refus de placement sous contrôle judiciaire. Bref, nous sommes libre de circulation depuis vendredi soir et devons rester disponibles pour la justice, en attendant le procès qui aura lieu plus tard. Voila, c'est finit pour la première étape, on commence déjà à parler de rassemblement de soutien lors du passage au tribunal. Les dates ne sont pas encore communiquées, mais il y a déjà Samuel M. qui passe en procès le 25 mai après avoir été arrété lors de la manifestation du 31 mars. Un étudiant passe en comparution le 31 mai, suite à une arrestation musclée (dont j'ai été témoin) lors de la manifestation du 13 avril.

David


Récit de la mobilisation du lycée de Tarare (69) par une lycéenne

Manifestations, blocages et occupations de la part des lycéens, intimidation et répression du côté de l’administration, n’entamant pas la solidarité : un témoignage intéressant et bien représentatif de cet étonnant mouvement lycéen, envoyé par Sara à Cétacé. [24.04]

J'aimerai vous expliquer comment se sont déroulées nos actions.
En premier lieu, il faut savoir que mon lycée est situé dans la campagne et la ville la plus proche est Lyon. Alors pour chaque manifestation, nous avons appelé le syndicat de la SNCF (il faut faire 1 heure de train pour aller à Lyon) et on s'est arrangé avec eux : aller-retour gratuit pour les manifestants ! Ce qui nous a permis d'être jusqu'à 300 lycéens (sur 800 en comptant le lycée professionnel).
Mais quand les manifs ont commencé à s'épuiser, nous avons suivi le mouvement d'agir à l'intérieur du lycée. Nous avons d'abord tenté de camper sur la pelouse en face du bureau du principal. Nous n'étions que 11 mais nous avons vite été rejoint par d'autres lycéens (nous avons fini à environ 100). Mais cette tentative de camping a échoué… Les journalistes n'ont pas pu rentrer dans le lycée et nous avons fini par être évacués par les gendarmes. Entre temps, beaucoup de lycéens avaient désertés et il ne restait que les 11 élèves du matin. Donc 11 élèves contre une vingtaine de gendarmes...
La semaine suivante (le lundi pour être exacte) nous avons décidé de bloquer le lycée d'une manière très simple : s'asseoir dans les escaliers pour empêcher les élèves d'aller en cours. Ce fut une réussite ! Les cours ont été annulés et une grande majorité des élèves, qui n'avaient jusque là fait aucune action contre la réforme, nous ont rejoint. Nous avons fini par faire une grande assemblée générale dans les couloirs pour discuter des solutions et des actions à faire pour les jours à venir.
Le lendemain, nous avons appris que 5 élèves (jugés "leaders" du mouvement) avaient été virés 3 jours pour le blocage du lycée. Après de longues négociations avec le principal, nous avons conclu un marché : on ne bloque pas le lycée ce jour là et la sanction des 5 élèves est levée. Conscients qu'il s'agissait de chantage nous avons tout de même accepté. Nous avons aussi décidé de faire passer une pétition. Celle-ci était signée par les gens qui assumaient le blocage du lycée le jour précédent pour montrer que s'ils voulaient sanctionner des élèves, ce n'était pas que 5 pris au hasard. Nous étions environ 300 dans les escaliers et sur la pétition nous avons récolté plus de 500 signatures ! Personne ne nous interdisait de bloquer l'entrée au lycée. TOUS les lycéens se sont installés devant le lycée. Dans l'après midi, le principal nous a annoncé que finalement, il lèverait la sanction si tous les élèves allaient en cours ! Alors le mot d'ordre est vite passé : Dispersion générale ! Chacun rentre chez lui ! Et après d'autres négociations, la sanction a été supprimée. Les médias auraient dû venir mais une usine a explosé le même jour et toutes les télés étaient là-bas...quoi de plus intéressant qu'un bâtiment en feu avec des blessés ? Tant pis, ce fut une journée placée sous le signe de la solidarité et de la révolte...
Nous avons par la suite défilé dans Tarare avec un cercueil. Nous pouvions choisir entre la guerre à l'éducation ou le deuil de l'éducation. Vu le manque de motivation des élèves, nous avons choisis la manière pacifiste et déclaré ce jour comme "journée de l'enterrement de l'éducation nationale". Pour finir, nous avons défilé dans Lyon avec ce même cercueil. Nous étions 200. Avec presque plus de CRS que de lycéens. Et c'est ici que se terminent les aventures des lycéens de La Plata...

Précision : L'élève de mon lycée (on va l'appeler J.) qui a été le premier à motiver les autres pour manifester a reçu récemment un appel du principal. Celui-ci lui précisait à sa mère que si J. continuait à organiser des "sorties à Lyon" pour manifester il serait renvoyé. Il a ajouté "de toute façon même s'il arrêtait, l'année prochaine il devra changer de lycée".

Sara, juste une lycéenne de 15 ans inquiète pour l'avenir.
Mis en ligne le 25.04

Le mouvement contre la Loi Fillon au lycée Balzac (75)

Le lycéen Balzac a été (et reste ?) un des lycéens en pointe dans le mouvement contre la loi Fillon, particulièrement fort à Paris (puisque certains jours, la moitié des lycées parisiens ont été fermés ou bloqués !!). Le "mouvement des lycéens de Balzac" nous a fait parvenir le récit suivant, histoire de rendre compte de la lutte et de tordre le coup à certaines contre-vérités médiatiques.
A suivre !
Compte-rendu précis du mouvement de contestation de la Loi Fillon au lycée Balzac
 
  • 22 mars : ébut de l'occupation. Intervention immédiate de la BAC appelée par la proviseure. Au terme d'une négociation avec la présence de parents d'élèves, l'administration donne aux lycéens la possibilité d'occuper le gymnase.
  • 23 mars : ermeture du lycée mais accueil des collégiens et des étudiants en prépa.
  • 24 mars : évacuation par les CRS en tenue anti-émeute à 6h15 du matin. Les élèves refusant de se lever sont traînés au sol. Fermeture totale du collège et du lycée.
  • 25 mars : AG des profs, AG des élèves, reprise de l'occupation du gymnase. Evacuation à 21h par plusieurs escadrons de gendarmes mobiles. Les élèves sont traînés au sol ou portés.
  • 26 mars : 1h15 du matin, une soixantaine de lycéens escaladent les grilles et occupent un nouveau gymnase jusqu'à 5h.
  • 27 mars : fermeture totale de l'établissement.
  • 29 mars : reprise de l'occupation, elle durera jusqu'au 6 avril avec la présence de policiers en civil dans l'enceinte de l'établissement mais ans intervention.
  • 7 avril : blocage du lycée (barrage filtrant pour laisser entrer les collégiens), puis blocage du boulevard Bessières. Une élève est percutée par une Mercédès. Intervention des CRS.
  • 8 avril : blocage du lycée. Intervention des CRS.
  • 11 avril : l'entrée et la sortie des élèves sont contrôlés par des policiers qui se substituent aux surveillants et refoulent les élèves identifiés comme participants au mouvement.
  • 12 avril : barrage filtrant. Intervention des CRS (14 camions), certains restent en faction devant le lycée jusqu'à la fermeture.
  • 13 avril : reprise de l'occupation.
  • 14 avril : barrage filtrant.
  • 18 avril : nuit d'occupation du gymnase
  • 19 avril : pendant la nuit, une caméra de surveillance fut cassée et des dossiers pris dans le bureau de l'assistante sociale brûlés. Dans la presse, cela devient "des dizaines de jeunes vandalisent un lycée". La proviseure porte plainte contre X et donne au commissariat une liste d'élèves "témoins". Blocage du lycée. Annulation du bac blanc.
  • 20 avril : action à l'annexe du ministère de l'Education nationale avec la coordination lycéenne. 185 lycéens dont 19 élèves de Balzac sont gardés à vue.
  • 21 avril : libération au compte-goutte des lycéens gardés à vue. Un élève de Balzac voit sa garde à vue prolongée de 24h.
  • 22 avril : pétition des élèves de Balzac demandant à la proviseure d'appeler le Procureur de la République afin d'obtenir sa libération. Tous les lycéens encore gardés à vue sont déferrés au palais de Justice. Un groupe d'élèves, de parents d'élèves et de professeurs s'y retrouve pour les accueillir à leur sortie du "dépôt". Le lycéen de Balzac est mis en examen pour "dégradation volontaire de biens publics en réunion". Le juge n'a pas demandé de "mise sous contrôle judiciaire".
  • 23 avril : suite à la plainte déposée par la proviseure, 8 élèves sont convoqués au commissariat pour être "entendus" dans le cadre de l'enquête de police.
  • 24 avril-25 avril : premiers interrogatoires.
A SUIVRE....
  
Réponse des lycéens engagés dans le mouvement à un article du 15.04 dans Libération
Selon l'article de Libération, la proviseure aurait été hospitalisée pour des côtes cassées suite à un affrontement violent avec les lycéens lors du blocage du lycée le 14 avrom; alors qu'il n'y a pas eu de violence, ni de côtes cassées, ni d'hospitalisation, et qu'il s'agit de la principale-adjointe.
Ces informations erronées ont été données par le SNPDEN-UNSA, syndicat des chefs d'établissement, qui ne peut "tolérer ces modes d'actions utilisés par une minorité radicale" et renouvelle son soutien "à toutes les équipes qui continuent de pâtir des agissements de certains élèves qui ont perdu toute légitimité, dès lors que le ministre a reçu les organisations lycéennes représentatives et fait des propositions concrètes" (depâche de l'AEF - 1er avril 2005) [un poisson d'avril, sans doute NDLR]

Lycéens de la cité scolaire Honoré de Balzac, Paris XVIIème.
Le 15 avril 2005.

Nous, lycéens de Balzac, regrettons l’accident survenu hier dans notre établissement, adressons respectueusement nos vœux de rétablissement à la principale-adjointe du collège, Madame Morvan, mais souhaiterions apporter les précisions suivantes :

Le jeudi 14 avril, à 8h, nous avons organisé un nouveau blocage devant les entrées principales du collège-lycée pour montrer notre désaccord complet avec la loi Fillon. Il s’agissait d’un barrage filtrant : les collégiens et les étudiants de classes préparatoires avaient libre passage ; nous avons empêché l’accès des autres lycéens à l’établissement jusqu’à 10 heures. Mme Morvan a ouvert une autre porte pour laisser entrer les collégiens. Des lycéens ont alors décidé de bloquer cette porte et Mme Morvan, voulant la maintenir ouverte, s’est blessée aux cervicales.

Notre mouvement est pacifique et nous ne souhaitions pas qu’un tel accident se produise. Mme Morvan n’a eu en aucun cas les côtes brisées contrairement à ce que l’on a pu lire dans Libération.

Par trois fois, les forces de l’ordre ont pénétré dans notre lycée afin de nous évacuer manu militari (la BAC le 22 mars, les CRS à l’aube du 24 mars, les gendarmes mobiles le soir du 25 mars). Lors de ces trois interventions, nous sommes restés non-violents et n’avons opposé à la force qui était utilisée contre nous qu’une résistance passive. Depuis le 7 avril, conformément aux consignes données par le ministre de l’Education, nous subissons la présence permanente de la police aux abords ou à l’intérieur de notre établissement scolaire (lesCRS les 7, 8 et 12 avril, un barrage filtrant de policiers se substituant aux surveillants et refoulant ceux d’entre nous identifiés comme participant au mouvement le 11 avril).

Malgré un discours général relayé par les médias présentant notre mouvement comme minoritaire, violent et essoufflé, nous continuerons à revendiquer l’abrogation de la loi Fillon de manière pacifique.

Nous ne sommes pas une « minorité radicale », mais des lycéens qui se revendiquent de la démocratie qui, nous le rappelons, signifie « pouvoir du peuple ». Nous agissons pour défendre l’intérêt général : une éducation pour tous, agissant contre les mécanismes de la reproduction sociale et non au nom d’intérêts économiques.

Nous savons désormais que« tous les moyens nécessaires » peuvent être utilisés pour nous contraindre au silence, nous sommes conscients de la diabolisation dont nous faisons l’objet, mais nous restons déterminés dans notre combat contre la loi Fillon et appelons les journalistes à prendre plus de distance avec la présentation qui est donné de notre mouvement.