Du bon usages des médias La Statistique du gendarme : réflexion autour de l'usage du chiffre dans notre société ; extrait de Cétacé n°1 (Hervé).
Paris VIII-Vincennes n'est plus ce qu'elle était. Du bon usage des caméras et des milices.(juin 2004)
Action pour la liberté d'informer initiée par des journalistes (de Canal + au départ) qui demandent la déclassification des archives d'Etat, pour permettre une véritable information des citoyens (mai.2004)
Décryptage du vocabulaire dominant :
- Le mot "Pédagogie" chez nos gouvernants (mai.2004)
- Cohérence du libéralisme (juin.2004)
- "Libéralisme" ou néo-féodalisme ? (mai.2004)
- Informer sur les Médias :  Petit Manuel de l'Observateur critique de médias (février.2004)
- Remontons à la source ! : AFP et Reuters, nourriture commune des journalistes (février.2004)

Choses vues/lues/entendues Coups de gueule, réflexions... au fil des lectures de la presse, des émissions de TV ou de radio :
- Miguel Benasayag viré de France Culture (23.03.2004)
- Quand France Inter devient Rance Inter : désopilants récits de morceaux de bravoure de la tranche 6-9 heures. L'intégralité de la chronique d'Edouard figurant sur le bulletin Cétacé n°1.
Ces hommes qui nous gouvernent
- Coca-Cola / TV / TF1 / Démocratie : chercez l'intrus (juillet 2004)
- Jean-Pierre Raffarin, l'impossible féministe (février 2004)
- La Gaffe de Raff' : ces informations et ces images que vous n'aurez jamais (février 2004)
- Hervé Gaymard célèbre à sa façon la journée de la femme (mars 2004)
Liens-médias Les liens des principaux organes de presse, mais aussi des médias alternatifs pour une information différente, ou des sites qui permettent une analyse critique des premiers.




Du bon usage des médias


Jusqu'au bout...de la Censure. Boum Boum ! 2.01


Jusqu'au bout est un film réalisé par Maurice Failevic. Son acteur principal est Bernard Pierre Donnadieu.
Le film vient d'obtenir le FIPA d'argent au dernier festival du film documentaire de Biarritz, et Bernard-Pierre Donnadieu le prix du meilleur acteur.
Le film est produit par Arte et France 3.
Le film est très bon, rythmé, bien joué, il n'est pas trop long (1h30), il est adapté au format des téléfilms du soir.
Jusqu'ici tout va bien. Pas Boum Boum !

Quand passe ce film sur France 3 ou sur Arte me direz vous ? On aimerait bien le savoir. Le film possède toutes les qualités requises pour faire un bon audimat (genre france 3 et Arte) et il a reçu moults prix. Alors ?
Alors pourquoi les deux chaines publiques ont elles reporté la diffusion du film Jusqu'au bout après la rentrée de septembre (sans date fixe pour l'instant) ?

Je n'ai pas encore évoqué le sujet du film. Cellatex. Vous souvenez vous ?
Une usine textile des Ardennes, une direction qui part sans plan social, des ouvriers qui ne se laissent pas faire et utilisent la menace des produits chimiques encore présents dans l'usine. Le film relate avec une grande qualité les relations entre les ouvriers et le syndicat, les négociateurs et les autorités locales et nationales, les ouvriers et la presse. Le film montre des AG animées. Ces ouvriers qui veulent aller Jusqu'au bout pour toucher leur indemnité de licenciement, pour décrocher une formation, sont prêts à tout pour obtenir satisfaction : d'ou leur slogan : "Nous irons jusqu'au bout Boum Boum !".

Les chaines publiques sont elles si sensibles au climat social. N'est-il pas bon de montrer un tel film reconnu par un festival et par la critique alors que la pression monte contre le gouvernement et ses lois iniques ? La déréglementation tous azimuths qui a commencé et qui s'annonce plus dure encore pour les ouvriers avec la remise en cause du Code du travail telle qu'annoncé par Dutreil et consorts, est-elle un frein à la diffusion d'un tel film. Si oui, alors Jusqu'au bout...de la Censure...

                                                                                                                            2.02



Aujourd'hui dans les médias, le mot "grogne" ! 18.01

Il n'aura échappé à personne que depuis quelques années le vocabulaire de la grève dans les médias a pris une  nouvelle tournure. Le mot systématiquement employé par les journalistes - tout supports confondus - est désormais la "grogne". Foin de révolte, de lutte, de grève même, de résistance, de rebellion, de colère, de mécontentement ... de la grogne, de la grogne, de la grogne.

Le Trésor de la langue française indique que la grogne est issu du groin du cochon, ce qui tendrait à montrer le caractère animal et fort peu raisonnable finalement des grévistes pour ne pas parler de leurs vociférations vulgaires. Qu'est-ce-que la "grogne" à l'origine ? Il s'agit d'une mauvaise humeur, d'un bougonnement, d'une pleurnicherie. Les grévistes sont des ronchons. Dans la "grogne" il y a une habitude : les grèves répétitives sont donc le fruit du caractère des grévistes et non des événements ou de l'évolution sociale. On renvoie par ce mot à la responsabilité des grognons et non au sujet de leur grogne.

De quand date ce vocabulaire ? Il ne me semble pas que durant les grèves de 1995 le mot était employé aussi fréquemment.

Florilège :

Ce soir 18.01 France Inter consacre sont "téléphone sonne" à la "grogne sociale". Notez l'enrichissement et la généralisation du terme.
Ce matin Le Figaro titre  "La grogne sociale prend un départ timide " (allez-y mais revenez vite)..
Même L'Humanité utilise le terme, et évoque la grogne des médecins.
Serge Moati pourtant attentif aux mouvements sociaux, parle dans son annocne de Rispostes (France 5) ainsi : "Une revendication qui s'use est remplacée par une grogne nouvelle ! "
Un grand mouvement social à ... Yaoundé au Cameroun est annoncé ainsi : "la grogne s'étend". Ah lafrancophonie !

Pour continuer à étudier le vocabulaire de nos journalistes.
Un article d'Acrimed en 2003

La loi du silence. Les médias et la loi d'orientation scolaire. 14.01

Qu'ont dit les médias sur la loi Fillon et que disent-ils aujourd'hui ?

Après la grand messe sur le Grand débat national et le rapport Thélot ( voir Une analyse d'une partie du rapport Thélot par une enseignante du 29.10) - dont on tait aujourd'hui le contenu alors que ses conclusions ont été en grande partie reprises dans la loi - un grand silence s'est abattu sur l'élaboration de la loi Fillon destinée à remplacer la loi d'orientation scolaire de Jospin. Quand on dit "silence", on évoque la capacité étonnante des médias de toutes sortes à taire l'essentiel d'une loi. On sort quelques aspects du texte pour en critiquer ou en approuver le propos et on tait la construction même de la loi, son objectif à long terme.

Cette loi du silence prend plusieurs formes :

* l'assimilation à la loi d'orientation scolaire précédente, dans ses objectifs chiffrées (bac, brevet, études supérieures) notamment, qui permet pour les auteurs de cette manipulation grossière un ralliement potentiel des nostalgiques de la politique jospinienne.

* la minimisation de la portée du texte : "c'est une loi pour rien" (disent les socialistes), "cela manque d'ambition" (disent les centristes), "on finira le travail après 2007" (disent les conservateurs du Figaro). Ce discours est fort chez les journalistes spécialistes de l'éducation. Ainsi Libération par la voix d'E. Davidenkoff ridiculise le texte de Fillon comme peu important et tait des éléments essentiels de transformation de l'EN à long terme (dernier article de Libé).

* la négation du conflit entre les enseignants et leur ministre ("pragmatique") et par exemple le silence fait sur la grève dans l'éducation le 20 janvier englobée dans celle des fonctionnaires (France inter ce matin, le 14).

C'est la stratégie du ministre qui l'a emporté dans les médias : "le texte ne fait que prolonger le précédent", "ce n'est pas une révolution", etc.

Pourquoi cette loi du silence sur le projet Fillon ?

* En premier lieu, les journalistes n'ont pas fait leur travail, habitués à recopier les communiqués de presse du ministre ou les dépêches d'agence, elles-mêmes réalisées sans travail de fond et sans recours au terrain. Il est intéressant de noter par exemple que Le Monde semble s'apercevoir ces derniers jours (le 12) du copier collé du projet de loi Fillon sur les directives de Lisbonne. Cetace et d'autres avait mis en valeur cette filiation (Derrière le rapport Thélot, la politique de l'Union européenne ? du 26.10), pourquoi les journalistes du Monde qui ont le temps de travailler sur les textes ne l'ont ils pas fait avant ?

* En second lieu il existe un double discours journalistique. On critique en aparte ce texte mais on tait sa portée anti-éducative. Un exemple. Le blog d'E. Davidenkoff, journaliste de Libération, développe (par son auteur et par les internautes) depuis fin décembre une critique de plus en plus virulente du ministre Fillon et de son texte. Pourtant les articles parus dans le journal restent dans la veine des précédents. Serait-il de bon ton aujourd'hui et après le mouvement massif du printemps 2003 de réformer l'Education à tout prix ?

* En troisième lieu, il est fort probable que l'essentiel des journalistes est d'accord avec le propos du ministre. Ces journalistes probablement parents d'élèves ne trouvent rien à redire au remplacement interne et ne posent pas la question de la qualité de l'enseignement ainsi remplacé, de la conséquence à terme sur la structure de l'EN. Le monde étant ce qu'il est, ceux-ci ne voient rien non plus à redire à l'entrée de l'entreprise à l'école, à la gestion managériale des personnels, à la culture du résultat imposée aux élèves et aux enseignants, à la décentralisation et à l'autonomie des établissements. Qui à détaillé les conséquences à terme de cet ensemble de mesures dans les médias audibles ? Il faut rappeler ici que nombre de mesures envisagées par Thélot-Fillon, furent déjà évoquées par Jospin-Allègre.

* En dernier lieu et il faut bien l'avouer, nos propres insuffisances à éclairer le fond de l'affaire. Nos "représentants" syndicaux restent figés, rivés sur des revendications obsolètes, mal exprimées et nous sommes incapables (même si certains s'y essayent de plus en plus nombreux) de porter cette critique devant la population et de reprendre à notre compte une transformation positive de l'Education nationale.

                                                                                         14.1


Résistance cinématographique 11.12

Face à l'extension des usines cinématographiques - le cinéma a débuté son histoire avec des images d'usines (sortie d'usine des frères Lumières) et semble mourir dans les usines - en banlieue notamment (la faute à la bagnole), des associations de cinéma de quartiers entrent en résistance. Le soutien des départements de la petite couronne sous forme de subventions a permis jusqu'à présent de préserver des salles ouvertes à tous les publics et programmant des oeuvres plutôt que des produits. Cetace ! est directement redevable dans son action du cinéma la Lucarne. Ces salles ne peuvent survivre que grace à une identité forte et à une implantation de quartier. Elles sont généralement incluses au sein de maisons culturelles, ce qui permet la multiplicité des publics et des spectacles donnés. Les cinémas à salle unique ont du mal à résister à l'offre des mastodontes qui présentent à leurs frontons entre 10 et 20 films différents. Gémini-Créteil- Association des spectateurs des cinémas Lucarne et Palais - répond à ce besoin de préserver la culture dans les quartiers de nos villes.

De la Révolution médiatique... D'Otpor à l'Ukraine 2004 (HG 3/12)

Affiche Otpor Les images se succèdent de révolution pacifique à l'est : Géorgie, Ukraine pour les dernières.
Un nouvel age médiatique et révolutionnaire s'est annoncé quelques années plus tôt ... en Serbie.
Il n'aura pas échappé en effet que les protagonistes - démocrates orientaux d'Ukraine et de Géorgie - auront utilisé les mêmes moyens pour arriver aux mêmes fins...mettre fin aux régimes autocratiques et corrompus des oligarques soutenus par le Kremlin : Chevarnadze et Koutchma. Vive la Révolution pacifique et démocratique donc.
Les drapeaux oranges repris et déclinés par les médias occidentaux sont le symbole le plus évident et le plus visible de cette révolution médiatique.
Quels moyens ? Les organisations de jeunes en sont les moteurs. La fraude électorale est montée en épingle. Le sit-in devant le parlement est la règle (des vieux, des femmes, des enfants, des jeunes, du rock). L'entrée filmée dans les institutions est l'effraction pacifique dans le pouvoir par l'écran de la télé (ou dans la télé par le pouvoir ?)... Tout cela est connu.
Ce sont les méthodes de l'association des jeunes serbes d'Otpor (naissance d'Otpor en Serbie). Le déroulement de la révolution made in otpor est chaque fois le même : en Serbie (2000), Géorgie (2003), Ukraine (2004). Et ca marche.
Et ca devient un marché.
Le marché de la révolution...
Otpor est devenu une organisation commerciale qui vend des révolutions pacifiques soutenue par les occidentaux enclins à grignoter l'espace ex-soviétique (il est pas content le Poutine d'ailleurs), par G. Soros financier américain pro-Kerry investi dans la conquête orientale. L'organisation serbe s'est dissoute mais son activisme laisse des traces en Europe de l'est (Otpor aujourd'hui).
Quoiqu'on pense de la philosophie de ce genre d'organisation, de son intérêt stratégique, il est notable que l'ère de la révolution médiatique est ouverte...


Paris VIII-Vincennes n'est plus ce qu'elle était. Du bon usage des caméras et des milices.

Tout le monde connait cette université mythique. Paris VIII-Vincennes-Saint-Denis, héroïne du moment 1968.
Comme dans de nombreuses universités, et celle de Paris XII-Créteil reste relativement à l'écart de cette évolution, des caméras ont été implantées dans les lieux publics, les étudiants étant réputés pour être des casseurs et des agitateurs. La bibliothèque est dans ce cadre un lieu haut combien symbolique de la lutte des directions contre les marginaux.
A Paris VIII, le président de l'université, le sieur Lunel a piqué fin mai un coup de sang ! voici la retranscription d'une affiche officielle signée de ce Monsieur et apposée dans l'université :

"Sur la passerelle de la bibliothèque dont tout le monde s'accorde à reconnaître la qualité, les caméras ont été détruites et maculées de peinture. Les murs ont été entachés de graffitis : "vive l'action directe", ou "le maton te guette". La communauté universitaire est désormais dans l'angoisse de ne plus être filmée. Afin de défendre notre qualité de vie pacifiée, il faut se protéger les uns des autres et se constituer en milices citoyennes. P. Lunel, président. le 27 mai 2004."

La contre-révolution est en marche...


De l'usage du mot "pédagogie" nos gouvernants.

(24.05.2004, JLB d'après une réflexion de Sylvain H.)

De la "Pédagogie", voilà ce qui manquerait à nos gouvernants/communiquants, à en croire Raf' and co. Mais l'usage de ce mot révèle toute une mentalité :


Pour en finir avec le mot "libéral", choisissons le néo-féodalisme. (11.05.2004 - H.G.)

Il est d'usage aujourd'hui d'accoler au gouvernement et à ses "réformes" le qualificatif de "libéral(es)". Pourtant au vu du programme liberticide qui se met en place depuis quelques mois, il paraît de plus en plus incongru de préserver dans les discussions quotidiennes, et pourquoi pas dans les médias, ce terme inadéquat.

L'étymologie médiévale du mot "libéral", qui est "digne d'un homme libre", équivaut au XIIe siècle à "bienfaisant" ou "généreux". Par extension il a désigné un esprit tolérant. Le concept politique nait lui avant la révolution française mais se répand vers 1800 dans les milieux hostiles à l'absolutisme politique et dans le courant favorable au développement des libertés politiques, celles du suffrage, de la presse, du droit de réunion notamment. Le parti libéral s'oppose donc aux monarchistes, aux conservateurs, aux socialistes, positionnement qui est aujourd'hui celui des "libéraux" anglais.

La captation politique du terme "libéral" à la fin du XIXe siècle et patente au début du XXIe siècle en France, par un courant politique sécuritaire, par-là liberticide et qui brise la séparation des pouvoirs, doit faire réfléchir. Derrière le masque libéral, voire ce qui est plus drôle, "libéral-libertaire", transparaît le versant national de la révolution conservatrice en marche à la Maison Blanche, au Kremlin, en Autriche, en Espagne et dans l'Italie berlusconienne.

Quel est ce libéralisme en substance : le rétablissement progressif et inodore d'un servage économique, une féodalisation portée par des petits seigneurs locaux aux pouvoirs décentralisés, un affaiblissement de l'Etat et de la loi au profit du contrat ou de la Charte, la disparition de la gratuité du fait de la prolifération des taxes, une extinction des libertés publiques au nom d'une garantie présumée de sécurité face aux barbares et aux pillards… Les paysans acceptent le gibet, la soummission, la précarité pourvu qu'il y ait le château, ses remparts et ses douves.

Le libéralisme n'est aujourd'hui que l'idéologie qui façonne un nouveau Moyen-Age. Au mot "libéraux" préférons celui de "seigneurs" (ou saigneurs), au mot "libéral" préférons celui de "féodal", ce qui aurait le mérite de clarifier le débat et de mobiliser les "gueux" contre les hommes du château.

Cohérence du "libéralisme" ? (23.06.2004 - Sylvain H.)

Il est clair que les libéraux actuels abusent du terme de liberté et le vident de son vrai sens, et cela ne peut qu'apparaître comme une trahison. Mais ils sont bien favorables à la liberté : liberté de la concurrence, liberté d'entreprendre. Evidemment ce n'est qu'une forme de liberté, une forme restreinte de liberté. On sait bien aussi que les courants libéraux en économie se sont greffés sur des courants politiques conservateurs, qui sont opposés aux trop grandes libertés politiques ou morales.

Par ailleurs, si l'ultralibéral est souvent sécuritaire, ce n'est pas par hasard. Pour un libéral, la fonction fondamentale de l'Etat, c'est de protéger les droits individuels ; parmi ces droits, le premier est de pouvoir profiter des fruits de son travail (de sa propriété). L'Etat n'a de sens que s'il permet cette protection de façon efficace. Il n'a pas d'abord à se mêler de redistribution : il doit garantir la sauvegarde des propriétés individuelles, d'une part ; la sécurité physique, de l'autre. Si par aventure l'Etat se mêle trop de la vie sociale, et si en plus pour cela il fait des prélèvements qui pèsent sur les propriétés des individus, alors il devient absurde et inutile.

Le libéral est donc avant tout individualiste ; il pense l'Etat comme au service des individus et comme devant garantir le maintien de sa liberté et de sa propriété. Pas trop d'impôts ; mais de la sécurité. De la liberté pour s'enrichir ; pas dans les moeurs. 

Bref, les libéraux sont cohérents, mais seulement jusqu'à un certain point ; ils deviennent incohérents quand ils réclament que tout devienne propriété privée y compris la justice, la police... car s'il n'y a plus d'Etat il n'y a plus de propriété garantie à qui que ce soit.


Informer sur l'information : Petit Manuel de l'observateur critique des médias. (3/02 - JLB)

Acrimed et PLP, deux sites d'analyse critique des médias (le premier critique radical mais posé, le deuxième pamphlétaire et parfois outrancier) s'associent pour proposer des outils d'analyse de l'information, condensés dans un manuel (2 euros). Pour sortir de l'adhésion passive au discours dominant des médias, comme de leur rejet stérile en bloc. Renseignements et bons de commande.

Remontons à la source ! (21/02 - HG)

Il n'aura échappé à personne que beaucoup d'articles de la presse quotidienne sont construits sur le même moule,  décrivent les mêmes faits, dans le même ordre et parfois avec les mêmes mots. Pourtant qu'y a-t-il de commun entre un journaliste patenté du Monde, un pigiste de Libé, un académicien du Figaro, un précaire de L'Huma, un correspondant du Parisien, un inspiré de La Croix ?

Remontons à la source de l'information. Le dit journaliste travaille à partir de dépêches et de photographies d'agences : AFP, Reuters, Gamma, Capa... Certains journaux (gratuits) se sont fait une spécialité de publier les dépêches brutes de décoffrage. Comment les dépêches sont-elles sélectionnées, réécrites ?

Amusons nous à retrouver les dépêches d'une information du jour et à les comparer avec les articles. Amusons nous à repérer des informations significatives qui n'auront pas été retenues par les journaux. Amusons nous à constituer le journal des dépêches oubliées.

Liens avec les sites des agences : Agence France Presse, Reuters
Exemple de ces trous noirs de l'info : "La gaffe de Raf"


Choses lues/vues/entendues

Miguel Benasayag viré de France Culture (23/03) (JLB)

France Culture a licencié (le 19 mars) un de ses chroniqueurs, le philosophe et psychanalyste Benasayag. Ses chroniques, diffusées jusqu'alors à 8 h 30, ont été jugées trop orientées politiquement. Sans doute un hasard, son avant-dernière chronique (consultable avec un bon article d'Evelyne Sire-Marin, du syndicat de la Magistrature) établissait avec rigueur le lien entre les réalisations de Sarkozy and co et le programme sécuritaire du Front National.
Voilà qui semble illustrer un revirement politique de la radio...
Slama (Le Figaro) et Adler (Alexandre) - autres chroniqueurs il est vrai plus inféodés qu'"engagés" - doivent-ils désormais s'inquiéter ?

Actions possibles :
  • écrire pour réclamer son retour à :

    Laure Adler, directrice des programmes de France Culture
    Maison de Radio France
    110 avenue du Président Kennedy
    75786 Paris Cédex 16

  • faire une pétition pour obtenir les licenciements de Slama et Adler !
A lire également, le compte-rendu de l'affaire par le Nouvel-Obs.


Janvier 2004 - Quand France Inter devient Rance Inter : la radio préférée des profs passée au crible de M. E.G.

France Inter, lundi 26 janvier, journal de 8h. Stéphane Paoli envoie un petit reportage sur le "déremboursement" des actes post-opératoires (par exemple les pansements à changer par des infirmières de ville, en passe donc de devenir un soin de luxe). Mais, pour éviter que l'auditeur ne cède à un sentiment irréfléchi de révolte, le lancement du journaliste, modérateur des passions du peuple, permet de montrer cette audacieuse proposition sous un jour plus rationnel : "Comment sauver la Sécurité Sociale ?" Si c'est pour la bonne cause... Qui ne serait pas prêt à consentir un petit effort ? Au fait, si vous devez être opéré, plantez vous vous-même votre piqûre anti-coagulante dans le derrière, Monsieur Paoli, c'est "pour sauver la Sécu" !

France Inter, lundi 26 janvier, 8h40, "questions directes". Un auditeur demande à J.-F. Mattei s'il envisage de faire passer la loi sur la réforme de la Sécu par voie d'ordonnance. "De toute façon, répond le Ministre, nous avons consulté les "partenaires" pendant trois mois, donc il n'y aurait rien de choquant à ce que la loi soit promulguée par ordonnance à l'été prochain"... À supposer que la loi reflète les discussions qui ont eu cours lors des tables rondes du "Haut Conseil pour l'avenir de l'Assurance Maladie". Et quand bien même ce serait le cas, jusqu'à preuve du contraire, c'est bien le Parlement, et aucune autre instance non élue, fût-elle "haute", qui a légitimité pour légiférer. À moins qu'on ne soit dans un nouveau régime politique, où le bristol d'invitation ministérielle à des clubs de discussion aurait remplacé ce qu'était le bulletin de vote dans les démocraties... Laisser le Parlement faire des lois ? Circulez, braves gens, le gouvernement s'occupe de gouverner.

France Inter, lundi 26 janvier 2004, "questions directes". Un auditeur demande à J.-F. Mattei ce qu'il pense de l'avenir de la tranche de population "trop pauvre pour avoir une mutuelle de santé, pas assez pauvre pour bénéficier de la CMU" (couverture maladie universelle). Géniale réponse du Ministre, qui a dû en parler avec Claude Bébéar, au bord de la piscine, l'été dernier, en sirotant un petit pulco : "il faut mettre en place des aides à la mutualisation" ! Maintenir une couverture sans restriction au moins à ces populations fragiles, qui, certes, ont le bon goût d'être juste pas-assez-pauvre pour cotiser à la Sécu, mais préfèrent payer leur loyer et leur facture d'électricité plutôt que de se prendre une mutuelle comme tout le monde ? Non, c'est tellement plus sain de financer par l'impôt des subventions indirectes au secteur des entreprises d'assurances, dont on sait par ailleurs la vocation sociale... Pourquoi rembourser les frais médicaux des pas-assez-pauvres malades, quand on peut apporter cette clientèle (7% de la population) sur un plateau d'argent public aux pas-assez-riches assureurs ? Tu reprendras bien un petit pulco, mon Claude... À ta santé !

France Inter, mercredi 21 janvier, 8h30. Revue de presse d'Yves de Caen. "...Comme si les troupes <syndicales> venaient à douter d'elles-mêmes. Alors, c'est le moment d'en profiter. D'autant qu'une majorité des Français est d'accord <avec l'instauration d'un service minimum>" Devinette : Yves de Caen est-il en train de citer Ernest-Antoine Seillère ou Alain Madelin ? ("C'est le moment d'en profiter" semble donner un léger avantage au Baron). Perdu ! Ce n'est ni l'un, ni l'autre, c'est juste son "lancement" avant de lire des morceaux choisis dans la presse du jour sur le sujet des grèves dans le transport...

France Inter, mercredi 21 janvier, journal de 8h. Après une nouvelle de première importance (Julien Dray, qui marque ici une nouvelle fois son ancrage résolument à l'aile gauche du Parti Socialiste, a organisé une vaste campagne à laquelle les masses laborieuses ne resteront pas insensibles : une carte de vœux signée "Julien Dray", distribuée à plusieurs milliers d'administrés, d'hommes politiques et de journalistes, relookant les membres de l'actuel gouvernement en participants à la Star Academy... on reste pantelant devant une telle impertinence), le journaliste de service brille dans l'art difficile de la transition :"Un sujet qui fait moins rire : la grève dans les transports".

France Inter, lundi 19 janvier, 6h55. "Mode d'emploi", rubrique "économique". La journaliste "économique" Brigitte Jean-Perrin interroge l'expert "économique" qui traîne à ce moment-là dans les couloirs de Radio France ("économique" a sans doute ici le sens de "modique, peu coûteux, au rabais", car on verra, par ce qui suit, qu'il ne peut avoir le sens de "spécialisé dans le domaine des connaissances touchant l'économie").

  • - L'expert : "La Sécurité Sociale perd 55 millions d'euro à l'heure. 55 millions d'euro à l'heure, la France est en excès de vitesse".
  • - Brigitte J'en-Perds-Pas-Une : "Faut-il imaginer l'équivalent d'une loi Sarkozy pour sanctionner cet excès de vitesse?"
  • - Réponse du Monsieur qui a fait tout plein d'études : "Oui, car on peut réellement parler d'un état d'insécurité sanitaire."

Ô la belle ellipse ! Vous n'aimez pas l'insécurité routière, les ivrognes qui fauchent des vies innocentes au volant de leur engin de mort, tout ça ? Eh bien, l'insécurité sanitaire, c'est un peu pareil que l'insécurité routière. La preuve ? Ça commence par "insécurité" et ça finit par "ère". Donc il faut appliquer la même politique aux chauffards de la Santé (pauvres qui se gavent de gélules aux frais du contribuable, médecins qui prescrivent en état d'ébriété, etc.) qu'aux voyous de la route. Mais au fait, quel est ce remède miracle, au juste ? Ça, l'histoire ne le dit pas, mais une chose est sûre : c'est Sarko qui s'en charge...

France Inter, lundi 19 janvier, 6h59. Pour résumer d'un mot la rubrique de Brigitte Jean-Perrin consacrée à la Sécu (qui n'avait pourtant vraiment pas besoin d'être simplifiée...), l'animateur martèle LE chiffre que tout bon auditeur, à peine sorti du sommeil, ressassera en mode subliminal toute la journée : "On retient ce chiffre : la Sécurité Sociale perd 55 millions à l'heure" Allez, on s'enfonce tous ce chiffre dans le crâne. Mais qu'est-ce qu'il veut dire au juste, ce chiffre ? N'essayez pas de changer de sujet. Allez, on le répète tous ensemble : 55 millions à l'heure, 55 millions à l'heure, 55 millions à l'heure...

France Inter, lundi 19 janvier, journal de 7h30. "Les fonctionnaires s'y mettent <à faire grève> la semaine prochaine, parce qu'ils n'ont pas été augmentés en 2003." Sous-entendu : il y en a qui en veulent toujours plus (toujours les mêmes, les "nantis" de la fonction publique). Sachant que le salaire des enseignants a perdu près de 5 % de pouvoir d'achat depuis 2000, "demander à être augmenté", dans la langue du journalisme, doit en fait signifier "demander à avoir un salaire indexé sur l'évolution du coût de la vie". Ces fonctionnaires, quelle bande de privilégiés, à exiger le maintien de leur pouvoir d'achat ! Espérons que les journalistes de Radio France savent mieux faire la distinction entre "augmentation" et "revalorisation", lors de leurs propres négociations salariales...


Ces hommes qui nous gouvernent...


Coca-Cola/TV/TF1/Démocratie. Cherchez l'intrus ! 12.07

"Le métier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Pour qu'un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible : c'est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible" (Patricke Le Lay, PDG de TF1, dans Les dirigeants face au changement).
No Comment!


Jean-Pierre Raffarin, l'impossible féministe (2.04 / Sylvain H)

Pour la journée de la femme, le premier ministre ne pouvait rester silencieux. Il fallait qu’il montre sa grande implication pour la cause féministe, et qu’il indique, si possible, qu’il comptait bien prendre des initiatives décisives pour compenser les inégalités entre hommes et femmes.

C’est ce qu’il n’a pas manqué de faire.

En effet, dans son discours du jour, M. Raffarin a fait l’éloge des femmes, mais pas de n’importe quelles femmes : des mères de famille. Même quand il défend une cause progressiste, il ne peut s’empêcher de le faire sur un vieux thème réactionnaire.

Qu’a-t-il déclaré ? Que les « compétences » des mères de famille étaient trop peu reconnues sur le marché du travail, et que cette reconnaissance était urgente. En effet, dit en substance le premier ministre, gérer le budget de la famille, élever des enfants, c’est en soi un travail (et voilà l’éloge de la mère au foyer !) ; cela donne donc fort logiquement une sorte de qualification (grâce à l’acquisition d’une certaine expérience), qui doit pouvoir être reconnue quand on recherche un emploi, pour les femmes qui souhaitent trouver ou retrouver un emploi. Voulant donner à sa proposition le caractère de la modernité et de la technicité, M. Raffarin déclare que les mères au foyer sont maîtres en « ingénierie familiale » ; et souhaitant bien faire voir qu’il n’oublie pas de mettre en application les beaux discours qu’il fait, il ajoute qu’ayant dû récemment choisir un chef de cabinet, il a, à diplôme égal, préféré à un homme une « mère de trois enfants ».

Derrière ces affirmations qui veulent se donner l’apparence d’une initiative favorable à la fois à l’emploi, au bon sens et à la cause des femmes, on voit évidemment percer une conception machiste des rôles respectifs de l’homme et de la femme dans la famille et dans la société, conception mal masquée par les exemples démagogiques et les termes techniques.

En effet, ce n’est pas par hasard que le premier ministre choisit de faire l’éloge des mères de famille.

De plus selon lui la mère au foyer détient une compétence. Cette compétence lui vient de la réalisation des tâches quotidiennes comme faire le ménage, la vaisselle, les comptes, changer les bébés, les conduire à l’école, les accompagner au zoo, etc. Il va donc de soi que toutes tâches sont réservées aux femmes, car sinon pourquoi ne pas reconnaître les compétences en « ingénierie familiale » des pères de famille ?

Enfin, la mesure qui consisterait à reconnaître les compétences des mères de famille est réservée aux femmes qui « souhaitent » exercer une activité professionnelle. A priori donc, les femmes ne travaillent pas, mais au cas où elles le voudraient, on pourrait les aider. Par défaut, la femme est d’abord au foyer, et pas au travail.

Sous ce discours qui veut avoir l’air progressiste et féministe, perce donc le discours le plus réactionnaire et le plus machiste qui soit. M. Raffarin a-t-il fait tout cela selon un calcul machiavélique, pour flatter quelques électeurs potentiels (ceux qui sont attachés à l’idée de famille) tout en espérant donner l’illusion d’être engagé dans la lutte des femmes pour l’égalité ? Ou bien ses préjugés machistes sont-ils tellement profonds qu’il est incapable de les apercevoir dans son propre discours ?


La gaffe de Raf' ; ces informations et ces images que vous n'aurez jamais (dépêche Canard 18/02) (HG)

Une disparition. Comme dans Perec.
Au Sénat en direct sur France 3, le 12 février.
Jean Pierre Raffarin, toujours Premier ministre, annonce grâce à la baisse de la TVA, une création de "400 000" emplois. Vous avez en lisant ce chiffre la réaction du banc gouvernemental ! Personne ne croit un traître mot de la promesse des restaurateurs sur la création potentielle de 40 000 emplois, alors 400 000 ?
Le passage au JT de 20 heures aurait du être dévastateur ! Riff Raff pris en flagrant délit :
a) de grosse fatigue (version UMP)
b) de mensonge (version socialiste)
c) de vérité médiatique, c'est-à-dire que lé désir est devenu réalité (version cétacé)
Et c'est là que ça disparaît. Car Riff Raff demanda que l'on rejoue la scène ! Cet homme est vraiment fantastique au sens ou la réalité ne l'impressionne guère. Las … Les hommes de France 3 lui apprennent que la réalité existe, le direct est tourné. Soit. Coupons l'image honteuse pour la grand messe du soir. Ce qui fût fait, et nul ne put finalement constater le vrai visage du bonhomme.

Moralité : qu'est-ce-que la réalité ? C'est le désir de Raff et l'image qu'il en donne.


Hervé Gaymard célèbre à sa façon la journée de la Femme (16/03) (Sylvain H.)

Hervé Gaymard, minsitre de l'agriculture, en bonne position sur la liste UMP en Rhônes-Alpes, et, selon le Canard, chouchou de Chirac, a célébré à sa façon le 8 mars 2004, journée de la femme, dans Soir 3. A un journaliste évoquant le problème de la présence sur sa liste d'élus anciennement alliés à Millon, du temps de son flirt avec le FN, le Ministre eut ces paroles pleines de délicatesse :
"Ils n'ont pas couché avec des Allemands, que je sache".
Où l'on voit revenir à la surface de belles pensées partriotiques enfouies...