Le mouvement
EDF-GDF du printemps 2004 est terminé (même s'il renaît en partie de ses cendres
en cet automne 2004), la loi ouvrant la voie à la privatisation est passée à l'assemblée,
au coeur de l'été, et un nouvel héritage de l'après-guerre passe dans la rubrique nécro. Et une nouvelle lutte historique par son ampleur
pour la défense d'un service public se solde par un échec, après celui de l'Education
Nationale en 2003.
Il est vital de dresser le bilan de ce
mouvement historique et spectaculaire, mais dont l'échec est indiscutable.
- L'attitude du gouvernement est caractéristique
des conflits depuis 2002 : il a laissé pourrir la situation
sans négocier. Plus original (?) ici : il a tenté de rejeter sur Bruxelles la
responsabilité d'une décision de privatisation purement idéologique. (Cf. "Une information peut en cacher une autre").
- La variété des formes d'action et leur dimension
novatrice est à retenir ; il est à noter que, malgré les menaces de sanctions lourdes
devant les actions illégales menés par les agents en lutte (coupures ciblées, réouverture de
comptes chez les plus démunis, passage en heure creuse...), seuls quelques blâmes sont tombés
(cf. l'appel contre les
menaces de répression qui avait été lancé).
- L'échec (un de plus) d'un mouvement
inter-professionnel a sans doute également pesé lourd, (malgré les tentatives de convergence des luttes) Il faudra bien que les travailleurs (et
usagers- citoyens) des services publics prennent conscience que les combats qu'ils mènent
en ordre dispersés sont en réalité une seule et même lutte face à une politique néo-libérale,
politique où dominent l'obsession des économies budgétaires et la volonté de
démantèlement de services publics sont le dogm
- A EDF-GDF, la lutte continue pour certains : les sites de lutte restent en activité, ou en sommeil vigilant; et de nouvelles actions sont en cours en cet automne 2004.
Ainsi de la journée de grève du 16.11, suivie
par entre 10 et 45% (!!!) de personnels (AFP, 16.11). Ainsi de l'annonce (dépêche AFP du
17.11) d'actions à venir : "La fédération CGT des Mines et de l'Energie a annoncé mercredi
"des initiatives concrètes, dans les jours ou
semaines qui viennent", pour "interdire" et
"éviter" les coupures d'électricité et de gaz du fait de factures impayées
durant la période d'hiver." Le
but est d'obtenir des pouvoirs publics une trève hivernale pour les coupures.
Ces actions sont dans la lignée des actions novatrices du mouvement du printemps dernier,
avec l'opération "Robin des Bois", qui consistaient à remettre le courant et le
gaz aux plus démunis qui s'en voyaient privés. Elles font aussi écho aux
réflexions de Vaneigem (cf. Modestes propositions aux
grévistes...), qui appelle à se servir de la gratuité comme arme - en complément ou en
remplacement de la grève - dans un monde où l'économique est roi.
Ce mouvement intervient alors que l'Etat
peaufine la privatisation d'EDF, pendant que les salariés commencent à goûter les joies
d'une gestion "privée" des personnels (harcèlement pour pousser à la démission,
obsession de la "rentabilité"... autant d'évolutions qui rappellent ce qui
s'est passé à France-Télécom, cf. La Machine à broyer).
Pour suivre les événements
cf. Résistances Electriques et
Gazières
Retour aux usages d'il y a 20 ans ! Des coupures, des grosses
coupures. Et gare au changement de statut, les gares sont dans le noir, les trains à
l'arrêt. Du côté train-train médiatique quotidien : les réactions des usagers prises au
hasard, les menaces à peine camouflées de quelques députés de droite et du patron de
l'entreprise, les hésitations des têtes de la gauche de gouvernement...
M. Mailly (FO) s'est exprimé contre les journées
"saute-mouton" en affirmant que FO était "prêt à discuter d'une journée de
grève interprofessionnelle franche" (en juillet ?). L'AFP exlpique que "le
leader de FO a fait valoir que le 15 juin étant une journée d'action syndicale pour
EDF-GDF cela pourrait conduire à faire un "amalgame" des deux dossiers."
[source AFP]
Amalgame des deux dossiers ????
Alors que la casse des services publics et des acquis sociaux se fait de façon très cohérente
et systématique depuis deux ans, faut-il continuer à lutter (et à perdre) séparément, secteur
après secteur ?
Le mouvement social n'aurait-il pas besoin plutôt d'une convergence des luttes ?