Face à la criminalisation de la
misère (article de Bx : "Pauvres de
vous !"), aux condamnations de plus en plus lourdes qui frappent
les militants (évocation par Hervé dans Zone de non-droite),
à l'acharnement qui laisse mourrir en prison les survivants
d'Action Directe (tandis que Papon finit ses jours dans la riante
commune de Tournan-en-Brie, Seine-et-Marne), mieux vaut se
préparer à toute éventualité : en
découvrant, par exemple, le Guide
du Prisonnier publié par l'Observatoire International des
Prisons ! ou comment survivre dans des
conditions rendues effroyables par la surpopulation carcérale...
Il
fut un temps où une prison incarna l'arbitraire du pouvoir, au
point que le peuple de Paris jugea nécessaire, un beau jour de
juillet 1789, de la prendre puis de la détruire. Les "Prisons de
la Misère" seraient-elles désormais à faire tomber
?
JLB, juin 2004
A
propos d’une étude de Loïc Wacquant : Les
prisons de la misère, Raisons
d’agir, 1999
L’Etat
(social) est mort. Vive l’Etat
(pénal).Le néo-libéralisme vient de
réinventer les « classes
dangereuses.
Ce
sont les Etats unis des années 80 qui, sous l’impulsion des
Républicains,
entament le démantèlement de l’Etat Providence tout en
organisant le grand
renfermement de populations de plus en plus marginalisées.
C’est
à New York dans les années 80 que, sous l’impulsion du
maire Rudolph Giuliani,
est popularisée la doctrine de la « tolérance
zéro », de la
« vitre cassée », autre avatar du
« qui vole un oeuf, vole un
boeuf ».
Mondialisation
oblige, ce processus se retrouve en Europe et bien sûr en France
où l’idéologie
sécuritaire reçoit à partir de 1998 une onction
« de gauche » sous le
gouvernement Jospin. Adoptée par tous sous le couvert de
pseudo-experts, la
« tolérance zéro » ne s’appuie
pourtant sur aucune étude sociologique
ou statistique sérieuse, et se garde bien de faire
apparaître ses corollaires
liberticides (arrestations abusives, bavures policières...).
Depuis 20 ans le
nombre de personnes emprisonnées en France a augmenté de
45%, les sursis et les
peines conditionnelles sont en chute libre, la durée moyenne de
la peine a été
multiplié par 2 ; nous sommes loin du « laxisme
de la justice »
dénoncé par certains. Ici aussi, c’est la population la
plus défavorisée qui
est concernée : la moitié des prisonniers n’ont
qu’un niveau d’étude
primaire, la même proportion était sans emploi au moment
de l’incarcération,
1sur 6 sans domicile fixe. Ici aussi s’étend le
« social panoptisme »,
la surveillance généralisée des
« populations à risques » par
l’instauration de fichiers policiers,
sociaux et fiscaux destinés
à se
croiser. De la police comme technique de gouvernement des hommes...
Loïc
Wacquant considère qu’en 1999, date de la publication de son
essai, la France
peut encore résister à l’offensive
néo-libérale. En 2004, le constat est plus
amer.
Démantelement
de l’Etat social : « réformes » des
retraites, suspension des
allocations chômage, RMA , précarisation massive et
concertée de l’emploi,
« déremboursement » de nombreux
médicaments et préparation d’un
« réforme » de l’assurance maladie...
Renforcement
de l’Etat pénal : loi sur la
« sécurité quotidienne » d’octobre
2001 ( dérèglementation de la fouille des
véhicules et des perquisitions,
criminalisation de la fraude dans les transports en commun ), loi sur
la
« sécurité intérieure » de
février 2003 dite loi Sarkozy
(systématisation des contrôles d’identité,
criminalisation de la
« mendicité agressive », du regroupement
dans les halls d’immeubles,
de l’outrage au drapeau et à l’hymne national), ouverture de
centres fermés
pour mineurs délinquants, reprise des expulsions par charters de
sans papiers,
réforme de la justice avec notamment la procédure du
« plaider coupable »...
Impossible
de tout citer, chaque jour nous amène de nouveaux exemples.
Quelques
mots en guise de conclusion provisoire.
Imaginer
l’Etat comme un Janus omnipotent qui tantôt, de sa main gauche,
nourrit et
tantôt, de sa main droite, punit, revient à se
réduire à l’impuissance. Nous ne
sommes pas des enfants en attente d’un geste, d’un regard venu
« d ‘en
haut » (d’où ?).
Pourquoi
ne pas penser L’Etat comme une tension,
un discours, un rapport de force à (re)construire ?
« ... la perspective de la
sécurité de l’existence
facilite la direction des individus, bien que ce soit selon une
méthode
totalement différente de celle des disciplines.»
Michel Foucault, « Dits et
Ecrits » Tome 4,
1980-1988.
Certes, la
charité consentie a goût de renoncement.
Les
droits acquis racontent une autre histoire et brillent d’autres
éclats.
Bx, tiré du bulletin
Cétacé n°1