SUR CETACE
Les enfants Makombo, dont la mère est menacée d'expulsion, sont en cavale depuis 54 jours.
Une pétition de solidarité est en circulation. Elle a recueilli 4500 signatures à ce jour.
C'est encore trop peu.
Signez et faites signer, en ligne
ou sur papier.
Une nouvelle fois (cf. "cas de conscience", écrit à la suite du drame de l'Hôtel-Opéra l'été dernier), un incendie meurtrier vient nous rappeler la honte des situations que l'on tolère voire favorise, dans notre pays. Témoignage d'un enseignant d'un des collèges qui accueillait les enfants de l'immeuble.
Katrina illustre tristement l'ampleur des inégalités et l'insuffisance des services
publics aux Etats-Unis. Les morts suite aux incendies dans les logements insalubres montrent
eux l'importance des inégalités et de la misère chez nous.
L'information est abondante et éloquente sur le net : articles du Monde, de Libération et
du Figaro. Reportage visible en ligne de France 2 sur l'immeuble il y a 4 mois, à la
demande d'une association locale qui voulait donner l'alerte. Les 2 familles les plus
touchées sont justement celles qu'ils avaient filmées, dans l'une plusieurs enfants
avaient été mordus par les rats... Les gens qui habitaient là y ont été logés il y a 15 ans,
suite à leur expulsion pour l'opération immobilière de la ZAC Rive gauche. La préfecture
leur avait affirmé que c'était du provisoire, 6 mois... Une grande partie travaillaient
dans le nettoyage : des couloirs ou métros de la RATP, d'immeubles de bureaux. Ils
payaient autour de 400-500 euros mensuels de loyer et couramment en hiver 1000 euros par
facture EDF (pour se chauffer). Même si l'incendie semble criminel, la rapidité et
l'ampleur du feu sont dues bien sûr à l'état de l'immeuble.
Samedi matin, les jeunes du quartier ont organisé une marche silencieuse et très digne, avec
t-hirts en mémoire des victimes. Le square Balanchine voisin est couvert d'inscriptions
et de photos à leur mémoire. Samedi après-midi, 15h30, une manifestation est parti du
boulevard V. Auriol vers le Châtelet, pour exiger des logements décents pour tous.
Les réactions des "responsables" politiques sont écoeurantes : le lendemain du
drame tous ne pensaient qu'à dégager leur responsabilité, hier matin Sarkozy après ses
déclarations tonitruantes faisait expulser manu militari des familles africaines de 2 squats.
Les images des béliers le jour de la rentrée sont bien choquantes... surtout quand on se
rappelle des 600m2 nécessaires au (sous-?) ministre Gaymard, avec ses 8 enfants, à Bercy, à
200m du Quai de la Gare.
Signé :
un enseignant du collège où ont étudié ces dernières années au moins une vingtaine
d'enfants de l'immeuble incendié. L'une (qui avait accueilli France 2 en avril)
était depuis maman (enceinte en fin de 3ème), elle a perdu sa petite fille, ainsi que 6
petits frères et soeurs. Son père est grièvement blessé. [son témoignage, bouleversant, est
à lire dans Le Parisen de dimanche]
Plus de 10000 personnes dans les rues de Paris ce samedi 3 septembre
pour marquer leur tristesse devant ces drames à répétition, mais aussi leur écoeurement face
à une situation de pourrissement bien connue ; leur colère aussi, suite aux déclarations
ignobles de Sarkozy liant le drame au "problème" de l'immigration clandestine,
et à la réaction des autorités expulsant les squatteurs.
Ce jour, dans ce cortège hétéroclite : associations, partis politiques, syndicats,
"professionnels" de la manifestation, mais aussi - surtout ? - une foule bigarrée,
portée par l'évidence qu'il y avait à être là.
Et après ? On verra. Mais un peu de solidarité et de chaleur humaine sont toujours bons à
prendre...
JLB - 23.04
Malmenés par des parcours d'immigration parfois chaotiques, empêtrés dans des conditions
de vie extrêmemement difficiles (assez bons pour travailler au noir, pas assez pour avoir une
existence juridique qui garantit un minimum de droits au logement, aux soins...), menacés par
des forces de l'ordre qui peuvent les arrêter à tout moment pour les placer en centre de
rétention avant explusion, se heurtant au mur de l'indifférence du plus grand nombre -
Telle est la situation d'un grand nombre de "sans-papiers" en France et en
Europe aujourd'hui.
Une Europe qui se construit en fermant ses
frontières, les candidats, malgré tout à l'exil, payant cette politique en
finissant, pour beaucoup noyés lors de leur tentative de rejoindre, depuis l'Afrique du
Nord, les terres promises espagnoles ou italiennes, parqués dans des camps libyens ou
marocains (cf. l'article "Le
Maroc, garde-chiourme de la forteresse Europe", dans l'excellent mensuel CQFD)
dont on ne sait presque rien, sous-traités par les pays européens en échange d'une
coopération économique, ou, pour les plus "chanceux", exploités dans les
plantations espagnoles, maltraités dans notre propre pays.
Ils viennent parfois hanter notre -mauvaise- conscience, avant de s'y enfouir, noyés dans la gestion du quotidien et l'usure des indignations vaines, éclipsés par d'autres luttes. Sauf pour les premiers concernés, leur proche, et tous ceux qui ont franchi le cap du simple soutien moral, pour les aider au quotidien dans leurs démarches et dans leurs luttes.
Jusqu'à ce que l'accumulation en vienne à franchir à nouveau le seuil de l'intolérable : on se reprend alors cette réalité en pleine conscience, au détour d'un événement tragique qui accapare soudain l'attention des médias : l'incendie mortel de l'Hôtel-Opéra où ont péri tout récemment 24 personnes, parquées dans ces hôtels insalubres comme de nombreuses autres (drame similaire en fin d'année 2004 à Saint-Maur) ; ou bien lorsqu'on apprend, dans Le Parisien, qu'une fillette a passé un weekend séparée de sa mère, sous la menace d'une expulsion, dans la zone de rétention de Roissy (exemples multiples à en croire le témoignage d'Anne de Loisy, dans Bienvenue en France !) ; ou bien, encore plus directement, lorsqu'on découvre qu'un de ses élèves (un repéré, mais combien d'autres ?) va devenir expulsable à partir de sa majorité (cf. éducation sans frontières)... Ou encore, quand, amené à la Bourse du Travail (Métro République) par une AG enseignante, on découvre que les lieux sont occupés par le "9e Collectif des Sans-Papiers", chassé précédemment des locaux de l'UNICEF, et dont un membre, en grève de la faim depuis une dizaine de jour, se fait transporter d'urgence à l'hôpital sous nos yeux.
Et quoi ? Un article en guise d'exutoire ? Histoire qu'on ne puisse pas -se- dire :
"je ne savais pas" ?
La promesse qu'on se fait, cette fois, de ne pas "oublier" et de tenter
d'agir ?
Si peu, finalement...